Les Contes de Fées du XVIIe Siècle

A la fin du XVIIe siècle, naît une mode qui fera fureur dans tous les salons et ce jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Chaque mondain se pique en effet d’écrire des contes de fées et de les lire à ses semblables lors de réunions littéraires dans les fameuses "ruelles" des femmes de la haute société.

Ces lettrés, qui ont lu les grands romans précieux de Mademoiselle de Scudéry, délaissent les milliers de pages du Grand Cyrus ou de La Clélie pour des nouvelles historiques plus courtes et surtout pour un genre populaire, le conte de fées, tiré de la Bibliothèque Bleue, petits livres bon marché de colportage qui reprennent les histoires racontées par les nourrices aux petits enfants.

Cependant, si la matière de leurs compositions littéraires est prise dans un premier temps au fond ancien de la mémoire collective, très vite les auteurs se détachent des nourrices pour produire des textes purement mondains dans lesquels les écrivains, essentiellement des femmes, projettent leurs désirs et leurs frustrations dans des héroïnes, archétypes de leurs propres ambitions féministes.

Dans cette vogue très productive et relativement homogène, puisque les conteurs vivent et écrivent dans la même sphère mondaine et se répondent même par contes interposés, Perrault se distingue de ses consœurs par son style. Si la longueur des contes féminins oscille entre dix et cinquante pages, ceux de l’académicien sont dix fois moins longs. Il est par ailleurs le seul à reprendre la forme et l’esprit traditionnels du conte en les sublimant par un style épuré, assez loin de la « préciosité » ambiante de Mesdames d’Aulnoy, Murat ou Lhéritier.

 

Christine Rousseau