Agatie Princesse des Scythes par Madame d'Auneuil

Les Scythes qui habitaient sur les bords de l'Araxe furent autrefois gouvernés par une reine petite-fille de Thomiris, si connue dans l'histoire par la mort du grand Cyrus. Elle portait le même nom que cette cruelle princesse, et n'avait pas moins de fierté. Elle avait épousé un prince fort accompli, qui mourut dans une bataille contre les lsdones, peuples qui, quoique Scythes, ont de grandes villes, très bien policées. Il laissa la reine grosse d'une fille, dont elle accoucha peu de temps après sa mort, qu'elle nomma Agatie. C'était un chef-d’œuvre de la nature que cet enfant. Dès le moment de sa naissance, les fées, qui se plaisaient beaucoup parmi ces peuples belliqueux, la comblèrent de tous les dons qui pouvaient la rendre parfaite. La reine sa mère ne se lassait point de l'embrasser. Elle ressemblait si fort au roi son père qu'elle lui en était encore plus chère.
Cependant dès qu'elle put souffrir les fatigues de la guerre, et dès qu'elle eut réparé les désordres que la mort du roi avait mis dans son armée, elle songea à le venger, et laissant la jeune princesse aux tentes royales, elle se mit en campagne. Personne n'ignore que les femmes Scythes ne sont guère moins vaillantes que les hommes: les guerres que la cruelle Thomiris a soutenues contre le vainqueur de la Scythie, sont assez fameuses pour ne pas s'étonner que sa petite-fille voulût combattre elle-même à la tête de son armée pour venger la mort de son époux. Le roi des Isdones, qui s'était bien douté que ses ennemis ne le laisseraient pas en repos, s'était avancé sur ses frontières, dans une grande plaine. Un petit ruisseau séparait les deux armées, qui étant guéable en beaucoup d'endroits, ne les empêchait pas de se joindre. Les violents transports qui agitaient le cœur de Thomiris, ne lui donnèrent que le temps nécessaire pour ranger ses troupes en bataille, et leur ayant fait une courte harangue sur l'obligation qu'elles avaient de bien combattre, pour apaiser les mânes de leur roi par la mort de son ennemi, elle passa la première le ruisseau; son exemple fut suivi de toute l'armée; le roi des Isdones les reçut en prince accoutumé de vaincre. Le combat fut long et sanglant de part et d'autre; la victoire semblait pencher du côté des Isdones: mais la superbe reine, remarquant le désordre de son aile gauche, y courut, et ranimant ses soldats par les grandes actions qu'ils lui virent faire, honteux qu'une femme leur apprît à vaincre, ils se rallièrent, et chargeant ceux qui les avaient vaincus, ils les contraignirent de leur céder la victoire.
Le désordre devint général dans toute l'armée du roi des Isdones, qui pour éviter de tomber entre les mains de son implacable ennemie, se retira avec fort peu de monde, dans une ville de la frontière. La reine ne goûta pas le plaisir de sa victoire, par le chagrin de n'avoir pas son ennemi en sa puissance: tout le sang qu'elle avait répandu ne pouvait satisfaire son cœur irrité, si elle ne versait pas celui du roi des Isdones. Elle savait que les Scythes combattaient avec beaucoup de valeur; mais ils ne savaient point faire de sièges, et elle ne doutait pas que son ennemi ne se retirât dans sa ville capitale.
Elle tint conseil de guerre sur le champ de bataille avec ses généraux, pour savoir si l'on poursuivrait le roi des Isdones. Ils lui représentèrent que, quoique son armée fût victorieuse, elle avait besoin de repos, et qu'il ne fallait pas s'engager dans le pays ennemi sans le connaître.
Toutes ces raisons n'étaient point du goût de Thomiris, elle ne respirait que la vengeance, tout ce qui la retardait la désespérait; elle leur répondit donc que les dieux étaient trop justes pour n'être pas de son parti, qu'il ne fallait pas donner le temps à l'ennemi de gagner Isdones, qui était une ville presque imprenable, qu'il fallait le surprendre dans Ispanis, où il était encore, qui, étant peu forte d'elle-même, et défendue par des soldats demi-vaincus de peur, ne leur résisterait pas. Enfin, il fallut se rendre à des raisons si pressantes. L'armée, le lendemain au point du jour, marcha par des défilés très dangereux, et après trois jours de marche arriva devant Ispanis.
Ce n'est pas mon dessein de raconter exactement ce qui se passa dans cette sanglante guerre, c'est l'histoire d'Agatie, et non celle de Thomiris que j'écris; je me contenterai de dire que cette vindicative princesse, après un siège assez long, contraignit lspanis de se rendre; et que n'y trouvant pas le roi, elle fit passer au fil de l'épée ses malheureux habitants, et poussant sa fureur et sa victoire jusqu'à la ville capitale, elle y mit le siège, deux ans après être sortie de Scythie. Enfin Isdones suivit la destinée du reste du royaume; elle y entra triomphante au bout de douze ans de guerre. Le roi fut pris et mené devant la fière reine, qui le fit charger de chaînes, et voulant le sacrifier sur le tombeau de son mari, elle le fit conduire au palais, elle y trouva la reine sa femme, accompagnée d'une jeune princesse, elle les consigna dans la même prison de ce prince infortuné, et elle ne resta dans Isdones qu'autant de temps qu'il lui en fallut pour faire reposer son armée.
Après avoir laissé, dans cette ville et dans le royaume, des gouverneurs pour conserver ses conquêtes, elle reprit le chemin de Scythie, en menant avec elle le roi, sa femme, sa fille, et deux jeunes princes ses neveux.
La joie fut grande aux tentes royales, du retour d'une si glorieuse princesse. Agatie vint au-devant d'elle avec toute la cour; la route était bordée de peuple empressé de voir sa souveraine; la jeune princesse se jeta aux pieds de la reine sa mère, qui la releva avec empressement. Dieux ! Qu'elle fut contente de la voir si belle; rien ne pouvait égaler la beauté de sa taille que celle de son visage, telle qu'on dépeint Vénus, quand elle voulut emporter l'avantage sur les deux déesses. Toute l'armée ne pouvait se lasser de pousser des cris d'admiration de voir leur princesse si accomplie.
Elle vit avec douleur ces victimes couronnées et chargées de chaînes, qui suivaient la reine; surtout Ménalipe (c'était ainsi que se nommait la princesse esclave) lui attendrit si fort le cœur qu'elle en détourna la tête pour cacher les larmes qu'un spectacle si touchant arrachait de ses beaux yeux.
Toute cette nombreuse cour arriva aux tentes royales, où l'on garda soigneusement le roi des Isdones et sa famille, jusqu'au jour destiné pour sa mort; ce devait être celui où le roi avait été tué, qui n'arrivait que dans six mois. Les Scythes, qui sont accoutumés d'immoler à leur dieu cruel les étrangers qui passent sur leurs terres, attendaient ce jour avec impatience; la seule Agatie plaignait ce malheureux prince, et ne pouvant s'empêcher de le témoigner à la reine, elle lui demanda pour grâce qu'il fût traité en roi, et qu'il lui fût permis d'avoir Ménalipe auprès d'elle. Elle le lui accorda avec peine. La jeune princesse n'en eut pas plus tôt la permission qu'elle courut chez la reine des Isdones, à qui elle dit qu'elle emploierait tout son crédit auprès de Thomiris, pour sauver la vie à son mari. Ménalipe ne voulait point quitter la reine sa mère, nais elle lui fit comprendre qu'il leur était de conséquence qu'elle ménageât l'amitié de la princesse. Elle suivit donc Agatie en versant des larmes, et fut remercier Thomiris de son indulgence. Depuis ce jour-là, ces princesses devinrent inséparables.
Elles s'aimaient tendrement, leur âge et leur beauté étaient pareils, et leur esprit dans une si grande jeunesse n'avait rien qui sentît l'enfance. Elles prenaient souvent leur promenade le long du fleuve. Un jour qu'elles s'étaient plus éloignées que de coutume, le cheval d'Agatie prit le mors aux dents, et courant avec vitesse, il l'eut bientôt éloignée de sa suite; sa frayeur était extrême, elle poussait des cris dont le rivage retentissait. Un jeune berger, qui gardait son troupeau, les entendit, et courant au-devant du cheval de la princesse, il lui présenta le fer de sa houlette, et prenant sa bride, il l'arrêta. Il lui donna le temps de sauter à bas, où se laissant aller sur l'herbe à demi-morte de frayeur, elle n'eut pas la force de remercier son bienfaiteur. Cependant toute la cour arriva dans le moment. Ménalipe courut les bras ouverts embrasser Agatie, qui lui rendant ses caresses: «Sans ce beau berger, lui dit-elle, j'étais morte, ma chère sœur.»
Chacun s'empressa de remercier ce jeune homme, dont la mine et la beauté, malgré son habit de berger, inspiraient du respect. Il ne répondait point à tout ce qu'on lui pouvait dire, il était immobile, les veux attachés sur la princesse: nais quand elle se leva, pour s'en aller, et que le regardant avec cette douceur charmante, qui lui était si naturelle, elle lui dit qu'elle informerait la reine sa mère qu'elle lui devait la vie, et qu'elle aurait soin de sa fortune. Ce que j'ai fait, Madame, lui dit-il, ne mérite point de récompense, j'en suis assez payé par le plaisir de vous l'avoir rendu.
Après cela la princesse s'en retourna aux tentes royales, où elle conta à la reine l'aventure qui lui était arrivée.
Elle n'oublia pas de lui vanter le service que lui avait rendu le berger, sa bonne mine et l'air de grandeur qui était répandu sur toute sa personne. Thomiris commanda qu'on cherchât ce berger dans toute la contrée, mais ce fut inutilement, l'on ne put le trouver. La reine témoigna en être fâchée, mais Agatie en eut un véritable chagrin. Souvent son idée le lui mettant dans l'esprit, l'amour, se cachant sous le masque de la reconnaissance, occupait le cœur de la princesse sans qu'elle s'en aperçût. Elle devint plus rêveuse qu'à l'ordinaire, elle cherchait la solitude, et la seule Ménalipe était confidente de ses inquiétudes. Cependant le temps destiné pour la mort du roi des isdones approchait. Agatie avait vainement imploré la clémence de Thomiris, elle n'avait pu obtenir la grâce de ce malheureux roi, et croyant que plus elle verserait de sang, plus elle satisferait les mânes plaintives de son époux, elle voulait aussi sacrifier les deux jeunes princes prisonnier, elle donna seulement aux larmes de Ménalipe la reine sa mère.
Celte pauvre princesse était inconsolable. Agatie oublia quelques jours le beau berger, pour consoler son amie. Enfin le jour fatal arriva, l'on fit dresser un grand bûcher devant la tente de Thomiris, toutes les troupes entouraient cette place, des échafauds étaient aux quatre coins, pour placer toute la cour. Celui de la terrible reine était couvert d'un riche dais, et dès qu'elle y fut placée, le grand prêtre sortit de la tente du roi des Isdones. Ce malheureux prince parut couvert de tous ses habits royaux; les jeunes princes le suivaient, si peu touchés du pitoyable état où ils étaient que leurs barbares ennemis ne purent se défendre d'un sentiment de pitié. La cruelle Thomiris triomphait, et de ses yeux avides du sang de ces victimes couronnées, les regardait avec une maligne joie. Cependant le roi arriva au pied du bûcher, et ne daignant se plaindre de son sort, monta dessus sans attendre que le grand prêtre le contraignît. Ses neveux en firent autant, et prenant eux-mêmes les flambeaux mortels des mains des ministres cruels, ils y mirent le feu.
Une action si héroïque fit jeter des cris d'admiration à tout le peuple et penser à toute la cour que des princes qui savaient si bien mépriser la mort, méritaient de vivre éternellement.
La vindicative reine voyait, avec un plaisir extrême, les flammes prêtes à dévorer ces illustres victimes de sa fureur, quand tout d'un coup, l'on vit en l'air un chariot traîné par quatre dragons volants, qui s'abaissa légèrement sur le bûcher, il en sortit une grande femme vêtue comme l'on dépeint Pallas. Ses armes étaient toutes couvertes de pierreries, son casque dont la visière était levée, laissait voir un visage plein d'une noble fierté; elle s'approcha des princes, et les faisant monter dans son chariot, elle s'y plaça auprès d'eux, et les dragons reprenant leur vol, se perdirent bientôt dans les airs d'où ils venaient de descendre.
Un spectacle si nouveau avait rendu le peuple immobile. Thomiris poussait des cris de rage, et un domestique de la princesse courut l'avertir d'une aventure si surprenante. Ménalipe pensa mourir de joie, et la reine des Isdones ne pouvait croire un si grand bonheur, mais comme ils étaient dans ces premiers transports, ils se sentirent enlever; la tente où ils étaient s'étant fendue en deux pour les laisser passer, dans le moment que la reine désespérée de se voir arracher ses victimes, venait dans le dessein de les immoler de sa propre main. Quel redoublement de rage pour cette impitoyable princesse ! Elle s'en prit aux dieux protecteurs de son empire, et jura de ne leur plus offrir de sacrifices; mais ce n'était pas là tous les maux qui lui devaient arriver dans cette journée qu'elle avait crue si propre à satisfaire sa vengeance.
À peine le bûcher fut-il consumé que l'on vit naître de sa cendre un monstre si affreux que tout ce que les poètes nous ont dit de la chimère, que Bellérophon vainquit avec tant de gloire, n'avait rien de si terrible. Des tourbillons de flammes lui sortant par les yeux et les narines, firent voir un feu nouveau. Le peuple épouvanté s'enfuit jusque sur les bords de l'Araxe; et la reine, entendant les cris que les malheureux qu'il dévorait poussaient, commanda à toutes les troupes assemblées pour la garde du camp, de le tuer; mais toutes les flèches qu'on décocha sur lui, ne pouvant percer l'écaille dure dont il était couvert, ne firent qu'irriter sa fureur, et passant au travers de l'armée, il brûla et terrassa tout ce qui se présenta à son passage. Il fut chercher sa retraite dans une forêt, derrière les tentes royales, dont il venait tous les jours désoler le pays par les meurtres qu'il faisait. Les biens de la terre n'étaient pas exempts de sa fureur, les consumant des flammes qui sortaient de ses narines.
La désolation était générale par toute la Scythie, ces peuples si braves, se trouvant accablés par une puissance supérieure, reconnurent, mais trop tard, que la cruauté de leur reine leur attirait des malheurs qui allaient détruire leur pays. Rien n'était exempt de cette calamité publique. Le monstre dévorait les vieillards; les enfants mêmes et les femmes n'étaient pas exempts de sa dent meurtrière. Thomiris cherchait en vain un remède à de si grands maux; elle faisait des vœux à ces mêmes dieux, dont, dans sa colère, elle avait juré de détruire les sacrifices. Ils étaient sourds à sa voix. La princesse mêlait incessamment ses prières à celles de sa mère, mais elles n'étaient pas écoutées, et le monstre cruel redoublait tous les jours ses cruautés. Pour comble de désespoir, on apprit que la fée Amazone avait conduit le roi des Isdones et toute sa famille dans Isdones, qu'elle avait fait soulever les peuples, qui ayant surpris les garnisons de Thomiris, les avaient taillées en pièces, et qu'ils avaient remis leur roi sur le trône, qu'il se préparait de venir tirer vengeance des Scythes, accompagné de la fée Amazone. Il n'était pas besoin de ce dernier coup de malheur pour accabler Thomiris; cependant, ne sachant plus quel parti prendre, pour se tirer du labyrinthe où elle était tombée, elle prit la résolution d'avoir recours à une fée très puissante, qui avait son palais dans une forêt voisine de l'Araxe, et qui était du nombre de celles qui avaient comblé la princesse Agatie de dons.
La fée la reçut avec tendresse, mais elle lui dit qu'elle ne pouvait finir les malheurs où la vengeance sanglante qu'elle avait voulu prendre du roi des Isdones l'avait plongée, que la fée Amazone avait juré sa perte, que le monstre altéré du sang royal, demandait sa fille, que c'était à elle à sacrifier son sang pour conserver le reste de ses malheureux sujets, qu'elle ne prévoyait de fin à ses maux que par son plus grand ennemi.
Une si triste réponse rait la reine dans le dernier désespoir; elle ne pouvait le cacher, toute la cour qui l'avait suivie en était témoin, elle ne doutait point que ce peuple cruel ne la contraignît de livrer Agatie au monstre, plutôt que de se voir périr.
Elle retourna aux tentes royales, dans une consternation que rien ne pouvait égaler. Toute la cour était dans le même état. Agatie était si généralement aimée qu'on regardait sa mort comme le plus grand des maux. Cette princesse ignorait son sort, elle n'avait point suivi Thomiris chez la fée, et venant au-devant d'elle, elle lui demanda avec empressement si l'on pouvait espérer un remède au malheur public.
- Ah ! ma chère Fille, lui dit-elle, en l'embrassant avec un torrent de larmes, que nos maux durent éternellement plutôt que de les voir finir par votre mort.
La princesse frémit au discours de la reine, et sans oser lui demander une plus grande explication, elle attendit son arrêt. Thomiris se repentit de ce que sa douleur lui avait fait dire, mais voyant qu'elle ne pouvait plus lui cacher, elle lui apprit ce que la fée lui avait prédit, en lui jurant que toute la Scythie entière périrait s'il fallait un sang si précieux pour la sauver.
- Je ne mérite pas de si tendres marques de votre bonté, Madame, lui dit la belle princesse, après avoir essuyé quelques larmes qu'un sort si affreux arrachait de ses beaux yeux: si les dieux veulent ma vie pour garantir vos sujets de la dent meurtrière du dragon, je la donnerai sans nul autre regret que celui de vous quitter.
- Non, ma Fille, s'écria la reine; c'est en vain que les dieux cruels me demandent votre vie, je saurai garantir une tête si chère.
- Ce serait bien inutilement, reprit la princesse, que vous voudriez m'arracher à leurs ordres; ils m'en puniraient sans que ma mort fût utile à vos malheureux sujets; ainsi, Madame, ne me rendez point plus criminelle que le dragon monstrueux. Depuis que la fée vous a annoncé leurs volontés, jusqu'au moment de ma mort, je serai coupable de tous les meurtres qu'il fera.
Tout le monde admirait la constance d'Agatie dans une si grande jeunesse; et de si nobles sentiments, redoublant la tendresse de la reine, elle lui défendit si absolument de parler davantage qu'elle n'osa plus le faire. Cependant la fureur du monstre redoublait; il semblait venir demander tous les jours sa victime, par les meurtres qu'il faisait à toute heure autour des tentes royales. Tout le peuple demandait à hauts cris qu'on le délivrât d'un si cruel ennemi et menaçait de prendre la princesse de force si la reine ne voulait pas la livrer au monstre, puisqu'il n'y avait point d'autre moyen de les tirer d'un joug si affreux. Agatie se jeta aux pieds de la reine, pour la prier de se rendre à de si pressantes nécessités, lui représentant combien il serait honteux qu'une princesse se fit traîner au supplice. Elle obtint enfin que le lendemain on la livrerait au monstre, et se retirant dans sa tente, elle y passa la nuit à se préparer à ce cruel sacrifice. Le peuple ne sut pas plus tôt la résolution de la reine qu'il se calma, et comme si le monstre eût commencé de se repaître d'un si beau sang, il se retira dans sa retraite sans faire de mal à personne.
Le jour ne parut pas plus tôt, que la princesse sortit des tentes royales, conduite par la reine tout en pleurs. Toute la cour admirait la force de cette jeune personne. Jamais elle n'avait paru si belle, il fallait être aussi cruel que le monstre pour n'être pas touché de son sort. Elles arrivèrent au lieu fatal ; la reine pensa mourir de douleur quand elle vit le monstre s'approcher. La princesse le voyant, embrassa Thomiris pour la dernière fois, et s'arrachant de ses bras, elle s'avança au-devant de lui; mais les dieux protecteurs de l'innocence lui envoyèrent du secours. Le même berger qui l'avait déjà sauvée de l'ardeur de son cheval, vint encore pour la tirer d'un si grand danger, ou pour perdre une vie qu'il trouvait insupportable sans elle. Il parut au devant d'elle comme le monstre allait la dévorer, et le frappant du fer de sa houlette, il sut si bien trouver l'endroit mortel qu'il le fit tomber noyé dans son sang. Quelle joie pour la reine, quand elle vit sa chère fille délivrée d'un si grand danger! Elle courut à elle les bras ouverts, et se tournant vers ce beau berger :
- Quel démon favorable à cet empire, lui dit-elle, vous envoie à mon secours? Et quelle honte à mes infidèles sujets qu'un étranger vienne tirer leur princesse du supplice où ils l'avaient condamnée !
- Ah ! Madame, lui dit Agatie, en reconnaissant le berger, ce n'est pas la première fois qu'il me rend la vie; c'est lui que vous fîtes chercher avec tant de soin; sans doute c'est quelque dieu, un homme mortel ne peut faire ce que nous venons de voir.
- C'est porter trop haut, Madame, lui dit le berger, une action qui ne mérite pas tant de louange; je loue le ciel qui, malgré tous mes malheurs, m'a conservé jusqu'à ce jour, puisque je puis vous être utile.
- Ah ! Je n'oublierai jamais un si grand service, reprit Thomiris, et si c'est la fortune qui vous manque pour être heureux, je vous mettrai en un rang où vous n'aurez pas sujet de vous en plaindre.
Après cela la reine reprit le chemin des tentes. L'on n'entendait partout retentir que des cris de joie, chacun s'empressait de voir le berger miraculeux. Ce peuple si courageux, qui n'avait pu vaincre le monstre, voulait, pour sauver sa gloire, que le berger fût le démon tutélaire du royaume.
Dans cette pensée, on lui rendait des respects peu différents de ceux que l'on rendait à la reine. L'armée, que le roi des Isdones levait partout sur ses terres, et le secours de la fée Amazone ne les épouvantaient plus; tous les généraux prièrent Thomiris de lui donner le commandement des troupes; elle n'y était que trop disposée. Voilà donc notre berger devenu général d'armée, il assura la reine qu'il sacrifierait sa vie, pour se bien acquitter de l'honneur qu'elle et toute la Scythie lui faisaient.
Si la princesse ressentait de la joie de voir que l'on comblait son bienfaiteur de biens, elle avait quelques chagrins de sentir que sa reconnaissance allait plus loin qu'elle ne voulait; la bassesse de sa naissance lui faisait désapprouver les sentiments qu'elle avait pour lui; quelquefois, pour flatter sa douleur, elle se disait qu'il n'était pas naturel que le jeune homme fût ce qu'il paraissait être; une chose la confirmait dans cette pensée, c'est qu'elle s'était aperçue qu'il avait un sceptre sur la main, elle ne pouvait croire que les dieux eussent donné cette marque à un homme d'un rang si bas.
Cependant, la reine, qui voulait le combler de biens, lui fit faire un train tout pareil au sien, et lui envoyant des habits semblables à ceux que les princes portent, elle lui ordonna de s'en servir dorénavant. Qu'il était beau dans cet ajustement magnifique! Cela lui paraissait si naturel qu'on ne pouvait croire qu'il ne les eût pas portés toute sa vie. Les services signalés qu'il avait rendus à Agatie lui rendaient l'entrée de sa tente libre à toutes les heures où elle était visible; il savait si bien en profiter qu'il ne la quittait plus; ses yeux, quelque contrainte qu'il se fit, ne parlaient que trop de la violente passion qu'il sentait pour elle, depuis le fatal moment qu'il l'avait vue sur les bords de l'Araxe: il était consumé d'un si beau feu que, sil ne l'avait pas suivie dans l'instant, une puissance surnaturelle l'en avait empêché.
La jeune princesse prenait assez d'intérêt au beau berger, que nous nommerons désormais Agatrice, nom que la reine lui ordonna de porter, pour s'apercevoir de ce qu'elle lui faisait souffrir: mais se souvenant toujours qu'il n'était pas prince, elle cachait si bien ses sentiments que ce malheureux amant ne croyait pas être entendu. Il savait bien qu'il était né de condition égale à elle, quoiqu'il ignorât le nom de ceux qui lui avaient donné la naissance. Cette connaissance lui donnait la hardiesse d'aimer la princesse, mais ne pouvant lui en donner des preuves, et craignant de passer pour téméraire, il se contentait de soupirer en secret, cette contrainte le mettait dans un chagrin mortel. La reine qui l'aimait avec passion, lui en demandait souvent la cause; si Agatie lui eût fait la même demande, je ne sais s'il eût pu se refuser le plaisir de la lui apprendre.
Cependant, Thomiris recevait tous les jours des nouvelles que le roi des Isdones était prêt de se mettre en campagne. Elle voulut le prévenir; elle donna les ordres nécessaires pour que l'armée fût prête à marcher dans peu de jours. Les Scythes, honteux d'avoir contraint leur princesse à se livrer à un monstre cruel, voulurent par tant de belles actions réparer leur barbarie dans cette guerre, et que cette infamie fût lavée dans le sang de leurs ennemis. Agatrice attendait avec impatience les occasions de faire voir à la princesse qu'il n'était pas indigne de l'honneur que les Scythes lui avaient fait. Ce n'est pas que la crainte de mourir dans cette guerre sans qu'elle sût ses sentiments ne lui redoublât sa mélancolie ; mais le jour destiné pour le départ étant arrivé, Thomiris dit adieu à la princesse. Agatrice ne put prendre congé d'elle qu'en présence de toute la cour: enfin il fallut suivre la reine, et le plaisir de se voir à la tête d'une armée composée de si braves gens lui fit, en quelque façon, oublier la passion qu'il avait pour Agatie.
Après quelques jours de marche, ils arrivèrent dans une grande plaine, où ils découvraient l'armée du roi des Isdones. Le dessein de la reine était de donner bataille le plus tôt qu'elle pourrait, ayant appris par des espions qu'elle avait dans le camp ennemi, que le roi attendait un renfort de dix mille hommes, qui ne devait arriver que dans deux jours, ce qui l'obligea, quoique ses troupes fussent fatiguées, de vouloir combattre le lendemain. Elle donna ses derniers ordres, et dès que le jour parut, Agatrice fit mettre l'armée en bataille et marcha droit aux ennemis. Ils ne refusèrent pas le combat, quoiqu'ils fussent plus faibles, la fée Amazone leur disant que cette journée déciderait de la guerre. Agatrice y fit des choses surnaturelles, la reine ne pouvait assez louer le ciel de lui avoir envoyé cet homme miraculeux. Seul, il s'opposait au prodigieux courage de l'Amazone. Il avait presque défait toute l'armée ennemie; il était près d'immoler à la vengeance de la reine le malheureux roi des Isdones, quand la fée, lui retenant le bras: « Arrête, jeune téméraire, lui cria-t-elle; veux-tu faire périr un prince qui t'a donné la vie?»
Agatrice s'arrêta à un discours si sui-prenant, et la reine, qui n'était pas éloignée de lui, s'approcha et fit signe à ceux qui combattaient dans cet endroit de suspendre leur victoire pour un moment.
- Cruelle fée, lui dit-elle, n'êtes-vous pas contente de tous lesmaux que vous m'avez faits, sans vouloir encore, par une chose siéloignée de la vérité, retenir le bras victorieux de mon défenseur?Trop vindicative Princesse, lui dit la fée, les maux que tu assoufferts doivent t'apprendre que les dieux désapprouvent ta vengeance; mais loin de t'en punir, je veux te rendre heureuse, sansque rien puisse troubler le reste de tes jours. Sache, Thomiris, quece prince est véritablement fils du roi des Isdones, que je l'aiélevé avec soin, dans le dessein de faire une union éternelle entre les Isdones et les Scythes qui vivent sous ta puissance, par le mariage d'Agatie et de lui. Voyez, sage Roi, dit-elle, en se tournant vers le prince, la marque royale que les dieux lui ont donnée, et recevez ce présent glorieux de ma main.
Le roi, revenu du premier étonnement que le discours de la fée lui avait causé, regarda cette marque extraordinaire, et reconnaissant le prince son fils, se jeta à son col avec tendresse.
- Ah ! Mon cher Agatrice, lui dit-il, quel démon ennemi vous fait combattre pour m'ôter la vie?
- Seigneur, lui dit le prince, en se jetant à ses pieds, l'ignorance où j'étais de ma naissance ne peut servir d'excuse à mon crime.
De vous dire tout ce que la reine souffrait dans une aventure si surprenante, c'est ce qui ne se peut exprimer; il lui prit envie mille fois de percer de son épée le roi des Isdones, dans le temps qu'il embrassait le prince; mais la tendresse qu'elle avait pour le fils lui retint le bras.
Dans cette incertitude, Agatrice se tournant de son côté :
- Madame, lui dit-il, à quelle extrémité me réduisez-vous, si vous ne vous laissez fléchir par un spectacle si nouveau? Puis-je combattre un roi malheureux qui m'a donné le jour? Puis-je être dans le parti de vos ennemis après l'honneur que vous m'avez fait, et le violent amour que j'ai pour la princesse Agatie? Non, Madame, si vous ne m'accordez la grâce que je vous demande, je me percerai le cœur de cette même épée qui a pensé faire perdre la vie au roi mon père.
- Vous avez vaincu, trop généreux Prince, s'écria Thomiris, en lui tendant la main pour le relever, je ne puis être ennemie du père d'un prince qui m'a rendu de si grands services.
La fée Amazone ravie de voir que la reine s'était rendue, vint l'embrasser, et lui fit jurer entre ses mains une paix éternelle. Le roi des Isdones fit la même chose, et les vainqueurs et les vaincus s'embrassant avec tendresse, s'en retournèrent dans leur camp.
Agatrice, par le commandement du roi, ne quitta point la reine. Le lendemain, la reine des Isdones et la princesse sa fille, qui étaient à Ispanis, arrivèrent au camp ; la fée les conduisit chez Thomiris qui les reçut admirablement bien, et lui présentant le prince: « Madame, dit-elle, voilà le nœud de notre amitié, j'espère qu'elle sera éternelle.»
La reine des Isdones répondit à un discours si obligeant comme elle devait, et lui demandant la permission d'embrasser son fils, elle le prit dans ses bras; la princesse sa sueur voulait avoir sa part de ce cher frère; mais la fée qui voulait achever un ouvrage qu'elle avait conduit par une voie si extraordinaire, dit à Thomiris que, pour rendre la joie aux deux royaumes, il fallait donner Agatie au prince des Isdones; qu'elle ne pouvait le lui refuser sans ingratitude, puisqu'il l'avait sauvée de la dent meurtrière du monstre.
- J'y consens avec joie, répondit la reine des Scythes, et je ne puis assez marquer à mon généreux défenseur la reconnaissance que j'ai pour lui.
- Ah! Madame, s'écria l'amoureux prince, que ce prix est au-dessus de mes services !
La fée, qui voulait avancer le bonheur d'Agatie, partit dans le moment dans son chariot traîné par des dragons ; et descendant aux tentes royales, elle enleva la princesse Agatie, et la mettant auprès d'elle, elle reprit le chemin du camp.
Elles arrivèrent bientôt à la tente de Thomiris. La vue de la princesse surprit agréablement toutes ces royales personnes, mais rien n'égalait la joie du prince.
- Madame, lui dit-il, après que Thomiris eut dit à sa fille le dessein qu'elle avait, serez-vous plus inexorable que la reine? Puis-je espérer que vous ne me regarderez point comme étant sorti d'un sang qui vous a toujours été odieux, et condamnerez-vous le malheureux Agatrice à la mort?
- Je suis trop soumise aux ordres de la reine, reprit la princesse en rougissant, et trop reconnaissante des services que vous m'avez rendus, pour laisser mourir le prince des Isdones.
- Ah ! ma chère sœur, lui dit Ménalipe, que je vous suis obligée des bontés que vous avez pour mon frère ! Qui nous aurait dit, quand nous le rencontrâmes au bord de l'Araxe, que ce berger serait votre époux?
Si nous n'étions pas dans la chambre de la reine, reprit la princesse, je lui demanderais par quel enchantement, de berger il s'est trouvé fils de roi.
- Je vais vous l'apprendre, lui dit la fée.
Les deux reines voulurent aussi en être instruites.
La fée leur dit que, connaissant par sa science que le prince devait tuer son père, elle l'enleva dans son berceau, elle le porta chez un berger de la Scythie dont elle connaissait la sagesse, et le donnant à sa femme pour le nourrir, lui recommanda d'en avoir soin.
- Je n'eus pas besoin, dit la fée, de prières pour qu'ils m'accordassent ce que je leur demandais, l'extrême beauté de ce prince les prévint d'une amitié si forte que je fus en repos.
Je laissai passer quelques années sans revoir mon nourrisson, et il pouvait avoir quinze ans quand je fus le revoir.
Je fus charmée de le trouver si bien fait, et de lui connaître tous les sentiments d'un grand prince sous cet habit de berger. Ce fut environ dans ce temps, Madame, dit-elle à Thomiris, que vous emmenâtes le roi des Isdones prisonnier et toute sa famille, la princesse Ménalipe devint chère à Agatie, tous leurs plaisirs étaient comme vous savez, d'aller s'exercer à monter à cheval sur les bords de l'Araxe; vous n'avez pas oublié que, sans mon berger, la princesse était perdue; mais vous ne savez pas que ce prince fut frappé comme d'un coup de foudre de la beauté d'Agatie.
Il écouta tous les remerciements qu'on lui fit des services qu'il venait de rendre à toute la Scythie en la personne de la princesse, sans ôter les yeux de dessus cet objet charmant. Quand elle partit, il voulut la suivre, et il faisait déjà quelques pas pour cela; mais il se sentit transporter en l'air, où après avoir traversé des rivières et des montagnes, on le descendit dans un palais magnifique. Tout ce qu'il vit de beau et de surprenant ne le consola point de n'avoir pas suivi la princesse, quoique, dans la condition où il croyait être né, il sût bien qu'il ne lui serait jamais permis de lui découvrir ce qu'il sentait pour elle. Il vécut ainsi pendant la prison du roi son père, et jusqu'au moment qu'Agatie fut exposée au monstre cruel; mais mon dessein étant de vous le rendre cher, Madame, pour pouvoir faire une paix solide entre deux royaumes que j'aimais, je le fus trouver. "Généreux Berger, lui dis-je, la belle Agatie va être la proie du dragon affreux, ses cruels sujets l'y contraignent, courez la délivrer, et ne craignez point qu'il puisse éviter la mort que je lui donnerai par votre main, enfin ne combattez pas en berger qui ne sait que se garantir des loups, mais en grand prince, puisque le ciel vous a fait naître tel". En disant ces mots, je lui ouvris les portes du palais, et lui fis voir la princesse prête à être engloutie; il courut à son secours sans me répondre; vous savez comme il tua le monstre, les acclamations du peuple, votre joie, Madame, et comme Agatie le reconnut pour le même berger qui l'avait secourue sur les bords de l'Araxe. Je n'ai plus qu'à vous dire que la passion qu'elle lui avait inspirée, dès la première fois qu'il l'avait vue, s'augmenta avec tant de violence qu'il en tomba dans une mélancolie qui l'aurait infailliblement fait mourir, si l'envie qu'il avait de faire, dans la guerre des lsdones, des actions dignes de sa princesse, n'eût soutenu sa vie.
La fée finit ainsi son discours, et les deux reines la remercièrent de la peine qu'elle avait prise. «Vous ne sauriez me récompenser, leur dit-elle, de vous avoir élevé un prince si parfait qu'en consentant que je le rende heureux.»
Quelque envie que Thomiris eût que cet hyménée ne s'accomplît qu'aux tentes royales, elle lui répondit qu'elle n'avait qu'à commander ce qu'elle voulait qu'on fît. La fée lui dit qu'elle aurait soin de tout, et qu'elle n'avait qu'à trouver bon qu'on la vînt prendre avec la belle Agatie, pour la conduire au lieu qu'elle ferait préparer. Après cela, la reine des Isdones se retira conduite par son fils; pour Ménalipe, elle demeura avec sa chère Agatie.
Le lendemain au lever du soleil, on entendit, dans les deux camps, une musique guerrière, qui réveilla les princesses agréablement; la fée Amazone fit prendre les armes à toutes les troupes, et ayant fait dresser un autel magnifique dans le milieu de cette grande plaine, elle y conduisit Thomiris et son illustre fille; elles y trouvèrent le roi et la reine des Isdones. La fée ayant pris la main du roi et de Thomiris., leur fit encore jurer une paix éternelle.
Après cela, le grand sacrificateur acheva l'hyménée; ils retournèrent aux tentes de Thomiris au bruit de mille instruments et des cris d'allégresse des deux armées, ils y trouvèrent un repas délicieux; l'après-dînée, toute cette royale troupe eut tous les plaisirs qu'ils auraient pu souhaiter dans la cour la plus tranquille, et le soir étant venu, la fée mena les deux charmants époux dans une tente toute brillante d'or et de pierreries. Elle était éclairée de cent lampes de cristal de roche, et laissant ces amants bienheureux, elle fut préparer pour le lendemain toutes les choses nécessaires pour le départ.
Ce ne fut pas sans quelques chagrins que le roi et la reine des Isdones se séparèrent du prince leur fils; pour Ménalipe, elle suivit son cher frère, et la fée les ayant fait monter sur des chariots magnifiques, ils arrivèrent bientôt aux tentes royales, où après les avoir comblés de tous les dons qui pouvaient les rendre heureux, elle laissa Agatrice paisible possesseur de sa chère Agatie.