L'inconstance Punie ou l'Origine des Cornes par Madame d'Auneuil

NOUVELLES DIVERSES DU TEMPS

Mois de novembre 1702

Le prix est de 8 sols


L'origine des cornes me fournit une occasion de vous marquer, Madame, une seconde fois mon obéissance. Ce petit conte me paraît traité d'une manière si nouvelle que j'ai cru qu'il méritait de vous occuper quelque moment. Quand me sera-t-il permis de le faire moi-même? Ne vous lassez-vous point d'une si longue absence? L'approche de l'hiver ne vous fait-il point de peur dans un pays où les chemins sont inaccessibles dans la mauvaise saison? Prétendez-vous priver Paris de son plus bel ornement, et me faire languir au milieu de tous les plaisirs? Faites-y réflexion, ma belle Dame, et mandez-moi que les nouvelles que je vous envoie seront les dernières que je serai obligée de vous apprendre de si loin.
Alcimède fut autrefois roi de Mauritanie, et quoique ces peuples soient d'un teint basané, il ne tenait rien de ce climat. Le roi son père avait épousé une princesse grecque, dont la beauté avait fait beaucoup de bruit, et le prince son fils lui ressemblait si parfaitement que l'on ne pouvait le regarder sans reconnaître dans son visage tous les traits de la reine sa mère. Sa taille était admirable, et un air aisé et majestueux qui se répandait dans toute sa personne achevait de le rendre un des hommes du monde le plus accompli.
Il perdit le roi et la reine très jeune et, montant sur le trône de ses pères, il y fit admirer son esprit, sa valeur, et sa sagesse. Aux heures qu'il n'était point occupé aux soins de son état, il allait à la chasse qui était sa passion dominante.
Un jour il fut prendre ce pénible exercice dans une forêt éloignée de plusieurs stades; il s'égara dans de vastes routes qui la traversaient, et marchant une partie du jour sans se retrouver, il arriva sur le soir à la porte d'un palais bâti de marbre blanc; il entra dans la cour de ce superbe édifice; il fut surpris des charmes d'une dame qui vint au-devant de lui: elle était vêtue d'une étoffe à fond d'argent relevée sur l'épaule et sur la cuisse d'attaches de rubis. Elle portait sur sa tête une capeline de plumes blanche enrichie de rubis comme son habit. Un voile de gaze d'argent pendait derrière sa tête, et venait se rattacher sur le côté gauche de sa robe. Elle était accompagnée de plusieurs dames habillées aussi galamment qu'elle, mais moins magnifiques. Alcimède demeura ébloui de sa vue, et n'osait avancer de peur de lui déplaire: mais cette adorable personne le prenant par la main: «Grand Prince. lui dit-elle, l'envie de vous voir dans mon palais m'a fait vous donner le chagrin de vous détourner de votre chasse: cherchez à vous en consoler par tout ce que vous trouverez d'aimable dans cette demeure: mon pouvoir s'étend presque aussi loin que celui des dieux: je suis la souveraine des sylphides de votre royaume, et l'on m'y connaît sous le nom de Doucereuse. Si vous voulez n'aimer que moi, il ne tiendra qu'à vous d'être le plus heureux et le plus puissant monarque de la terre; mais examinez bien le fond de votre cœur, et ne vous trompez pas vous-même en manquant de fidélité: je ne pourrais vous le pardonner, et ma vengeance égalerait mon amour.» Quel homme aurait refusé une si charmante fortune, et n'aurait pas cru être fidèle toute sa vie? Alcimède charmé de la sylphide ne balança pas de lui promettre une tendresse éternelle; il se jeta à ses pieds, et lui jura que jamais amant ne serait plus tendre et plus constant. Doucereuse le crut parce qu'elle le souhaitait, et qu'elle croyait le mériter. Elle le mena dans son palais, et l'y combla de plaisir et de richesses. Il v passa quelques jours dans une félicité que rien ne peut exprimer, et ayant pris congé de la sylphide, il fut redonner la joie à ses peuples par sa présence.
Il trouva la ville en pleurs de l'inquiétude de ce qui pouvait lui être arrivé. À peine put-il entrer dans son palais de la foule de ses sujets qui voulaient être témoins par leurs yeux de sa santé et de son retour; mais Alcimède impatient de revoir Doucereuse retourna dès le lendemain auprès d'elle.
Une année se passa dans ces doux empressements. Il ne comprenait pas qu'il y eût d'autres plaisirs que ceux qu'il partageait avec la sylphide, et la fortune et l'amour se joignant ensemble pour le combler de leurs biens les plus précieux, il se croyait le plus heureux de tous les princes du monde; il l'était aussi, s'il avait pu s'en contenter; mais l'humeur douce et complaisante de la sylphide commença de l'ennuyer. Le soin qu'elle prenait de prévenir ce qu'il souhaitait, avant même qu'il y eût pensé un moment, diminua ses plaisirs, l'indolence s'empara de son cœur, il rêvait auprès d'elle, et trouvait toujours quelques raisons qu'il croyait lui-même pour s'éloigner. Il passait quelquefois plusieurs jours sans retourner auprès d'elle, et quand elle lui en faisait de tendres reproches, à peine se pouvait-il contraindre à de faibles excuses. La sylphide souffrait ses froideurs avec un chagrin mortel, mais comme son humeur était douce, elle s'affligeait sans emportement, et tâchait par ses bienfaits et par sa tendresse de rallumer des feux qui ne cherchaient qu'à s'éteindre.
Les choses étaient dans cet état, quand la reine de Numidie arriva à la cour d'Alcimède pour lui demander secours contre ses peuples qui l'avaient chassée de son trône après la mort de son mari. Elle avait avec elle la princesse Badine sa fille; elle n'était pas une beauté parfaite, mais Vénus lui avait donné ses grâces, et les amours badinaient toujours avec elle. Alcimède accorda avec plaisir à la reine ce qu'elle lui demandait, la fit loger dans son palais, et lui donna un équipage conforme à la passion naissante qu'il sentait déjà pour la charmante Badine; il oublia auprès d'elle tout ce qu'il devait à la sylphide, et devint si fort amoureux qu'il négligea le soin de cacher son amour.
Badine, qui connaissait que, dans l'état de sa fortune, elle ne pouvait rien souhaiter que de régner sur son protecteur, n'épargna pas une de ces complaisances, qui sans rien promettre font beaucoup espérer, mais comme elle était naturellement coquette, elle ne laissa pas de chercher à faire d'autres conquêtes que celle du roi.
Il y avait dans cette cour un prince très bien fait, nommé Caliston ; il trouva Badine très aimable, il lui parla de sa passion, il ne fut point rebuté. Alcimède s'aperçut de leurs intelligences, il s'en plaignit avec tendresse, et la belle Badine lui dit qu'elle était maîtresse de son cœur, jusqu'à ce que la reine sa mère lui eût ordonné de lui en faire un présent, que dès qu'elle recevrait cet ordre, il serait content de sa conduite, et qu'elle ne verrait plus Caliston. Le roi entendit ce que voulait dire la princesse, il ne balança plus de la couronner, il en demanda la permission à la reine de Numidie qui lui permit avec une joie extrême. Il n'était plus question que de faire consentir Doucereuse, il ne voulait pas l'irriter, et conservait encore pour elle des respects et des complaisances. Il fut la trouver, et après lui avoir fait mille feintes caresses, il lui dit que ses peuples lui demandaient une reine, qu'il ne pouvait plus longtemps les refuser sans s'exposer à quelque révolte, que la princesse de Numidie était souhaitée de toute la cour pour remplir cette auguste place qui lui donnerait un droit incontestable d'unir les deux couronnes, qu'il ne croyait pas qu'elle voulût s'y opposer, que son cœur n'avait point de part à ce choix, et que sa reconnaissance et son amour dureraient autant que sa vie. La sylphide avait toujours douté de l'inconstance du roi, mais voyant ce prince infidèle lui avouer lui-même, elle ressentit un désespoir qui ne se peut comprendre ; d'abord elle résolut de le perdre avec sa rivale; mais ces premiers transports étant passés, et connaissant par sa science que Badine la vengerait de sa légèreté, elle se remit, et promit au roi de se trouver à ses noces.
Alcimède transporté de plaisir se jeta à ses pieds, la remercia cent fois, et fut retrouver la charmante Badine, il ne perdit pas un moment à faire les apprêts de son hymen; ce beau jour ne parut pas plus tôt que la sylphide, dans un ajustement où rien n'était épargné de tout ce qui pouvait relever sa beauté naturelle, entra dans la chambre de la reine de Numidie. Doucereuse était accompagnée de quatre nymphes qui portaient dans des corbeilles d'or les présents qu'elle faisait à la nouvelle reine: c'étaient quatre garniture de diamants, d'émeraudes, de perles, et de rubis. Badine les reçut avec cet air flatteur qui enchantait tout le monde ; et s'étant parée de celle de diamant, elle fut au temple où le roi l'attendait; la fête de cette journée fut remplie de tous les plaisirs, et le soir la sylphide ne pouvant plus résister à un spectacle si cruel pour elle, retourna à son palais où elle attendit avec une impatience d'amante outragée la vengeance que sa science lui faisait espérer.
Cependant la nouvelle reine avait à peine passé les premiers mois de son mariage que, croyant avoir assez de pouvoir sur l'esprit de son mari pour ne plus se contraindre, elle suivit sans ménagement son humeur enjouée et coquette. Ce n'étaient, à la cour, que fêtes et tournois; les dames pour suivre son exemple faisaient leur unique affaire de plaire et d'être aimées. Les maris n'osaient s'en plaindre, la complaisance que le roi avait pour la reine sa femme leur était une loi qu'ils ne pouvaient enfreindre. En vain la reine de Numidie disait à la reine sa fille d'avoir plus d'attache pour son illustre époux, et de cacher mieux la tendresse qu'elle avait pour Caliston ; que ce prince à la fin ouvrirait les yeux sur sa conduite, et qu'elle serait très malheureuse si elle éprouvait sa vengeance. Badine n'en était pas un moment plus sage, ni plus retenue. Cependant Alcimède souffrait avec impatience le peu d'amour de sa belle reine, quelquefois il s'allait consoler avec la sylphide, et cette charmante souveraine le recevant avec bonté, tâchait de lui faire comprendre que, tant qu'il aimerait Badine, il serait malheureux. «Quelle différence, lui disait-elle, des sentiments que j'avais pour vous à ceux de la princesse que vous m'avez préférée ! Je ne vivais que pour vous plaire, mon cœur se serait fait un crime d'être occupé d'autre chose que de tout ce qui pouvait vous marquer ma tendresse, et cependant, Prince ingrat, vous m'avez abandonnée pour une personne qui, loin d'avoir pour vous la reconnaissance qu'elle doit, vous trahit, et dans votre propre palais passe des moments qui ne doivent être destinés que pour vous, à écouter l'amour de Caliston, et à lui donner des preuves du sien. - La reine, reprit le roi avec un soupir, n'aime point le prince, je la connais, son cœur est à moi; mais son humeur lui convient, il l'amuse, il invente des fêtes galantes, il danse bien, il chante agréablement, et elle le croit nécessaire à son plaisir. Mais si je la croyais criminelle, je lui ferais sentir ma vengeance, et la bannirait de mon trône et de mon royaume. - Vous prenez un si grand soin, reprit la sylphide, de justifier votre épouse, et de vous aveugler sur ses infidélités que vous m'en faites pitié, je veux vous les faire connaître, prenez ce lys, lui dit-elle en lui en présentant un d'une blancheur extraordinaire, donnez-le à la reine dans ce vase d'agate blanche; si elle est infidèle, et le vase, et le lys deviendront noirs, et si elle a conservé la tendresse qu'elle vous doit, ils demeureront dans leur couleur naturelle.» Le roi quitta la sylphide très content du présent qu'elle venait de lui faire, et le donna à la reine. Elle fut charmée de la beauté du lys et du vase qui était d'un travail admirable, elle le fit porter dans son cabinet. Le roi impatient de savoir ce qui importait si fort à son repos, retourna le lendemain dans l'appartement de Badine; mais dès qu'elle le vit entrer le prenant par la main, «Venez voir, Seigneur, lui dit-elle, la plus surprenante chose du monde, mon lys est devenu du plus beau jais que l'on puisse voir; et l'agate a pris la même couleur, mais qu'avez-vous? lui dit-elle en le voyant pâlir, et se laisser aller sur une chaise qu'il trouva derrière lui. Vous trouvez-vous mal ? - Ah ! Madame, lui dit le roi en retirant sa main d'entre les siennes, je ne puis plus douter de mon malheur et de votre perfidie. La sylphide ne me l'avait que trop dit. - Quoi, Seigneur, lui dit la reine sans s'étonner, vous me condamner sur les preuves qu'en donne mon ennemie. Ne vous souvient-il plus qu'elle est ma rivale et que, pour me perdre, elle aura enchanté ce funeste présent? je suis bien malheureuse, continua-t-elle en répandant quelques larmes, que l'amour que vous avez pour elle vous fasse douter de mon innocence; parlez, lui dit-elle encore en redoublant ses pleurs, vous êtes le maître de lui rendre votre cœur, je lui céderai ma place, et retournerai achever mes tristes jours en Numidie.
Le roi ne put tenir contre les larmes de la belle Badine; il lui demanda pardon d'avoir cru le conseil de Doucereuse, et la quittant, il fut chez la sylphide. «Votre charme a réussi, lui dit le roi en colère, le lys est devenu noir, mais la reine n'en est pas plus coupable, je suis assuré de sa tendresse, et je perds dans cet instant toute celle que j'avais pour vous. - Prince incrédule, lui dit la sylphide, tu pousses mes bontés à bout, malgré moi tu me rends cruelle, va, cours auprès de ta belle reine, et porte sur ton front les marques de ton inconstance.»
Le roi sans lui répondre transporté de sa jalouse fureur courut à son palais, il demanda où était Badine: on lui dit qu'elle se promenait dans les jardins, il les parcourut dans un moment, et entendant quelque bruit dans un cabinet de myrtes, il s'en approcha; Dieux ! que cette curiosité lui coûta cher! Il vit la reine couchée sur un lit de gazon, et Caliston à genoux auprès d'elle qui tenait une de ses belles mains qu'il baisait avec transport. Sa fureur le fit demeurer quelque temps immobile, et la même passion lui donnant des forces, il mit l'épée à la main, et fut pour en percer les deux amants: mais une douleur effroyable qu'il sentit au front l'arrêta, et lui fit pousser un cri en même temps qu'il y porta la main. Jamais désespoir ne fut pareil au sien, quand il s'aperçut qu'il avait deux cornes semblables à celles des satyres de la fable, il ne douta plus de son malheur et de la vengeance de la sylphide.
Cependant le cri du roi ayant été entendu de la reine et de Caliston, elle se leva, et courut à l'appartement de la reine sa mère, et lui ayant conté son histoire, elle partit avec elle et Caliston pour la Numidie pour se dérober à la vengeance de son époux, pendant que ce prince malheureux, entouré de ceux qui étaient dans ces jardins, tâchait en vain de cacher son infortune. La nouveauté de cette punition fut bientôt sue de toute l'Afrique, et la curiosité de voir une chose si extraordinaire attira à la cour d'Alcimède tous les princes ses voisins. Chacun parlait de cette aventure différemment, les uns blâmaient la sylphide de cruauté, les autres disaient qu'il méritait la peine qu'il souffrait par son incrédulité.
Ces discours ne purent se faire si discrètement qu'ils ne vinssent aux oreilles d'Alcimède; outré de son malheur, il fut trouver Doucereuse: «Cruelle Sylphide, lui dit-il, je viens vous rendre témoin de votre vengeance, mais si je ne suis pas le seul malheureux de mon royaume, faites qu'ils portent les mêmes marques de l'infidélité de leurs femmes. - Ce que tu me demandes est juste, reprit Doucereuse; fais publier une fête, et qu'à un jour marqué, tous les grands de Mauritanie se trouvent à ta cour; donne dans le jardin de ton palais un bal magnifique où les dames soient obligées de danser avec leurs maris, et laisse-moi le soin du reste.» Le roi à demi consolé partit d'auprès de la sylphide, et fut donner les ordres nécessaires pour le dessein de Doucereuse.
Chacun s'empressa d'aller à la cour, et les dames qui depuis la fuite de la reine étaient privées de tous les plaisirs, furent ravies de cette fête. Ce jour étant arrivé, le roi fit préparer un superbe repas dans les jardins; il faisait un temps charmant, et la nuit était la plus belle du monde. Mille lampes de cristal étaient attachées aux arbres qui rendaient une lumière brillante qui plaisait infiniment. Une musique à la moresque joua pendant le souper, et dès qu'on fut sorti de table, Alcimède conduisant Doucereuse dans le lieu destiné pour le bal, le commença avec elle; ensuite toutes les dames par l'ordre qu'elles en avaient reçu du roi, furent prendre leurs époux, et dansèrent une espèce de branle particulier aux Maures; mais la danse ne fut pas achevée que l'on vit paraître sur le front de presque tous les hommes des cornes pareilles à celles du roi. L'étonnement de ses malheureux ne se peut représenter; ils se regardaient avec une attention qui tenait de la stupidité, et ils ne furent tirés de ce funeste état que par les éclats de rire de ceux que le destin avait épargnés. Les dames honteuses de connaître qu'elles ne pouvaient cacher leurs infidélités, jetèrent des cris qui troublèrent l'harmonie des musiciens, qui se trouvant atteints d'un mal si général n'eurent plus la force de concerter.
Les femmes dont l'innocence était marquée par une distinction si particulière, gonflées d'une vanité si naturelle à leur sexe, accablèrent d'injures et de railleries piquantes celles dont les galanteries devenaient publiques, et quoiqu'elles fussent la plupart vieilles ou d'une laideur dégoûtante, elles ne se rendirent pas la justice d'avouer qu'elles devaient leur vertu à l'horreur qu'elles inspiraient plutôt qu'à leur sagesse.
Le roi satisfait de voir tant de compagnons de fortune, leur conseilla d'oublier leur malheur, et de pardonner à leurs épouses. Mais ces maris au désespoir lui dirent que c'était bien assez qu'ils leur laissassent la vie sans les contraindre de vivre avec elles après la connaissance de leur crime, et sans vouloir demeurer davantage dans un lieu qu'ils ne pouvaient plus regarder qu'avec horreur, sortirent de la Mauritanie, et furent habiter les Espagne dont ils chassèrent les habitants naturels. Depuis ce temps les Maures jaloux de leur honneur tiennent leurs femmes captives sous la garde d'eunuques cruels qui les veillent jours et nuits.
Alcimède revenu de son inconstance abandonna son royaume, et ayant demandé pardon à la tendre Doucereuse, passa le reste de sa vie dans son palais.
Cependant l'exemple des dames de Mauritanie ne corrigeant point celles des autres cantons de l'Afrique rendit la punition de la sylphide redoutable à toute cette partie du monde. Jupiter prévoyant le désordre que cela pourrait causer, voulut en arrêter le cours, et ordonna qu'à l'avenir les cornes des maris disgraciés seraient invisibles.
Que de grâces les époux de ce temps ne doivent-ils point à ce dieu charitable?
N'êtes-vous pas de mon avis, Madame, et ne croyez-vous pas avec l'auteur de ce petit conte que la prévoyance du dieu portefoudre est d'une grande utilité, j'en laisse le jugement aux coquettes de notre siècle et à leurs infortunés époux, pour vous dire que si Jupiter était aussi galant qu'Ovide nous le dépeint, il avait ses raisons pour détruire la punition de la fidèle sylphide; tel qui lui offrait des sacrifices ignorant les intrigues qu'il avait avec son épouse, aurait abattu ses autels, s'il lui avait fait porter cette marque visible de l'honneur qu'il faisait à sa maison.