Le Génie Familier par Madame d'Auneuil

Une jeune Persane, d'une beauté surprenante, lisant un jour un livre qui traitait des sylphes et des sylphides, et regardant avec plaisir la complaisance de ces amants aériens, souhaita avec empressement d'en avoir un, pour se désennuyer de l'affreuse solitude où la jalousie de son époux la contraignait de vivre. Elle pria son faux prophète de lui faire cette grâce, et sans que cette idée flatteuse l'eût quittée d'un moment, elle se fut coucher, dans l'espérance d'être aussi heureuse que celles dont elle avait lu les histoires, sans être épouvantée des châtiments dont ils punissent les infidèles. Sur le milieu de la nuit, elle entendit un assez grand bruit. Une joie secrète s'empara de son cœur, ne doutant pas que ce ne fut ce qu'elle souhaitait avec tant d'empressement. Pour s'en éclaircir, elle ouvrit son rideau, et vit, à la lueur d'une lampe, que l'on traînait une chaise dans sa chambre. « Si vous êtes sylphe, dit-elle sans s'effrayer, montrez-vous à moi, je vous en conjure; car je me sens capable de vous aimer avec constance, si vous êtes aussi aimable que l'on vous dépeint.» Après que la belle Persane eut beaucoup parlé, l'on ne lui répondit point, le bruit cessa; et comme elle désespérait de voir le sylphe, elle aperçut un fil qui était attaché au haut de son pavillon, où pendait une clé qui venait lui toucher le visage, et qui s'en retournait aux pieds du lit, dès qu'elle y portait la main. Curieuse de voir si elle ne se trompait point, elle se leva pour mettre une lampe auprès d'elle, et se remit dans la même situation où elle était. Le jeu de la clé recommença, et cela dura plus d'une heure, sans que, par toutes les prières qu'elle pût faire, l'on voulût se montrer. Enfin, l'on prit les bouts de son pavillon, et après les avoir secoués avec violence, on les jeta sur le dôme, et du reste de la nuit, elle ne vit plus rien. Elle se leva aussitôt que l'aurore, pour passer dans son cabinet, afin de rêver avec liberté à son aventure. Comme elle s'appuyait, en rêvant sur sa table, elle aperçut un papier écrit d'une écriture inconnue, qu'elle prit et y lut ces paroles:

Je suis le sylphe que vous demandez, belle Zavde. Il y a plus d'un an que j'attends, avec impatience, ce moment heureux. Je vous aimerai d'une constance que tous ne trouverez, point dans les hommes; mais je veux être aimé de même. Pour cela, j’éprouverai votre fidélité auparavant que de me montrer; et cependant, j’aurai soin de vous désennuyer par une tendre conversation. Si votre cœur sait goûter la différence de notre amour d'avec celui des mortels, je tous rendrai la plus heureuse personne de toute la perse.

« Oui, charmant Sylphe, oui, s'écria l'aimable Zayde, vous me trouverez délicate et tendre, et vous n'aurez jamais lieu de vous repentir des bontés que vous aurez pour moi.» Elle passa le reste de la journée dans une impatience très vive d'être à la nuit. Elle se coucha de très bonne heure, dans l'espérance que son amant viendrait la voir. Elle ne se trompa point. A peine ses esclaves étaient-elles retirées qu'elle entendit une voix qui lui dit: «Il est juste, aimable Zayde, que je récompense le soin que vous avez de vous débarrasser de tout ce qui pourrait empêcher nos conversations; je viens vous assurer d'un amour éternel, d'une complaisance à toutes épreuves, et que tout ce qui est en ma puissance sera dans la vôtre. Ce n'est pas peu de chose. Nous pouvons tout ce que nous voulons; et nous ne trouvons rien d'impossible pour plaire à ce que nous aimons. Mais comme je vous l'ai écrit, nous sommes jaloux et délicats-, la moindre infidélité nous rebute, et nous punissons aussi sévèrement que nous aimons. Notre amour est la mesure de notre haine. C'est à vous de connaître si vous êtes capable d'un si dangereux engagement. - Ah! mon cher Sylphe, répondit la tendre Persane, ne craignez rien dans mes sentiments qui vous déplaise; mon cœur ne sera jamais qu'à vous, je ne penserai qu'à ce qui pourra vous plaire, et je suis certaine que ma constance égalera la vôtre. - Je le souhaite plus que vous, reprit le sylphe. Mais l'inconstance de votre sexe nous est si connue que pour n'être pas contraint de punir ce qui peut faire mon seul bonheur, je veux éprouver si vous êtes ce que vous pensez être. Je vous parlerai à tous les moments que vous serez en liberté, je vous apprendrai toutes les plus belles aventures, pour vous donner une occupation digne d'une femme que je veux rendre parfaite; et pour vous délasser de ce pénible travail, je vous instruirai de tout ce qui se passera de plus caché dans toutes les parties du monde; mais vous ne me verrez qu'après que je n'aurai plus rien à craindre de votre cœur. Et pour commencer à vous donner une preuve que je cherche tout ce qui peut vous plaire, apprenez que cette charmante sœur, que vous pleurez tous les jours, n'est point morte. - Ah ! mon cher Sylphe, s'écria Zayde, que me dites-vous ? Quoi ! Isthérie s'est sauvée du terrible naufrage qui fit périr tous ceux qui étaient avec elle, sans que nous n’ayons jamais pu apprendre ce qu'elle était devenue? Ah! s'il est vrai que vous m'aimez, faites que je puisse la voir encore une fois en ma vie, et lui conter tout ce que sa fausse mort m'a coûté de larmes. - Je ne puis présentement vous donner cette marque d'obéissance, reprit le sylphe; mais pour ne vous laisser rien ignorer de tout ce qui lui est arrivé depuis votre séparation, je le puis tout à l'heure, si vous n'avez besoin de repos. - Le sommeil, reprit Zayde, ne peut me faire un aussi sensible plaisir que celui que vous me promettez ; ainsi, je vous conjure de ne pas tarder un moment à me le donner.» Le sylphe, sans y répondre, commença l'histoire d'Isthérie en ces termes.

HISTOIRE D'ISTHÉRIE, NOUVELLE PERSANE

 

«Vous savez avec quelle joie Isthérie était attendue du prince de la Zodianne, et que cette belle personne, touchée sensiblement de son mérite, ne ressentit à son départ que le chagrin de s'éloigner de vous. Vous la vîtes embarquer avec un vent favorable; mais cette bonace ne dura pas longtemps. Sur le soir, il s'éleva une tempête si violente qu'au point du jour, elle fit briser le vaisseau contre un rocher qui formait une petite île, où la belle Isthérie se sauva, à la faveur de quelques planches. Tout le reste de ceux qui l'avaient accompagnée furent engloutis sous les ondes. D'abord qu'Isthérie fut revenue de la crainte que lui avait donnée un si grand péril, elle remercia le ciel de l'avoir conservée; mais quand elle se vit seule dans une île inhabitée, exposée aux bêtes sauvages, et sans espoir d'en pouvoir sortir, elle regretta de n'être point du nombre des malheureux qu'elle voyait étendus sur le sable. Elle passa le jour et la nuit dans cette cruelle Situation; mais l'aurore lui fit concevoir quelque espérance. Elle aperçut un vaisseau en pleine mer; et montant sur le plus haut d'un rocher, elle fit tant de signes qu'ils furent aperçus. L'on détacha un esquif, qui vint prendre cette belle personne; mais elle connut bien qu'elle ne sortait d'un malheur que pour rentrer dans un plus grand, puisque ses protecteurs étaient des Turcs, et que la guerre qui est entre le Sophi et le Grand Seigneur, lui fit juger qu'elle allait être esclave, son habit l'ayant fait connaître pour Persane, et pour une personne de très grande naissance. Elle ne se trompa point dans ses conjectures; on la conduisit au bacha, qui était un homme cruel et d'un regard farouche. À peine la regarda-t-il, et sans dire un mot, il ordonna qu'on la menât avec les autres esclaves. « Seigneur, lui dit un homme de sa suite, cette fille est persane, elle ne doit pas être traitée comme les autres esclaves.» À ces mots, le bacha leva les yeux, et se trouvant ébloui de cette beauté surnaturelle, il fit signe qu'on la conduisît dans une des plus belles chambres du vaisseau, qu'on lui donnât des esclaves pour la servir, et qu'on la gardât avec soin.

Isthérie souffrit ce dernier malheur avec la même constance qu'elle avait souffert l'approche de la mort. Le lendemain, le bicha, qui se nommait Acmar, la vint voir dès qu'il sût qu'elle était éveillée. «Belle Personne, lui dit-il, quoique le sort te rende mon esclave, je viens t'apprendre que je le suis plus que toi, et que je ne puis vivre sans être aimé; songe bien au bonheur que je t'offre, je romps tes fers, et je te fais la maîtresse absolue de tout ce que je possède. - Seigneur, lui répondit la belle Persane, je vous suis très obligée de vos offres. Prévenue d'une passion pour un des plus aimables princes de toute la Perse, je suis incapable de changer. - Isthérie, reprit Acmar, c'était assez de me dire que vous ne pouviez répondre à ma tendresse, sans m'en donner une si cruelle excuse. L'espérance de vaincre votre insensibilité m'aurait contraint à souffrir sans me plaindre: mais puisqu'un rival aimé cause mon malheur, je dois vous regarder comme mon ennemie, et sur ce pied, vous accabler de toute ma haine. - Votre haine, Seigneur, est bien moins à craindre pour moi, lui dit Isthérie, que votre amour. - Eh bien, lui répondit le désespéré bacha, nous verrons si votre constance ne vous coûtera point quelques larmes.» En disant ces dernières paroles, il sortit de sa chambre, avec des yeux où la fureur était dépeinte, et laissa la belle Persane très affligée de ce nouveau malheur. Tant que la navigation dura, l'amoureux Acmar, sans se ressouvenir des résolutions qu'il avait prises, ne la quitta Point, tantôt soumis, et tantôt furieux. Il tachait vainement d'ébranler sa constance. Enfin, elle arriva à Alexandrie, dont il était sultan. Il la fit conduire dans le plus bel appartement de son sérail, et lui donna un nombre infini d'esclaves pour la servir, des habits magnifiques, et des pierreries d'un prix inestimable. Tout cela ne toucha point votre aimable saur. Les moments qu'elle était seule étaient tous employés à se plaindre d'être séparée pour toujours du prince de la Zodianne. Un jour que plus accablée que de coutume, elle s'en était vengée sur le malheureux hacha, et qu'outré de ses mépris, il sortit de sa chambre en jurant de ne plus employer les vœux et les prières, quand il pouvait tout ce qu'il voulait, une jeune esclave s'approcha d'elle. « Madame, lui dit-elle, si vous aimez le prince, ménagez le bacha. Il est dans les mêmes chaînes que vous, et bien plus malheureux. - Ah : Fatime, s'écria Isthérie, que m'apprenez-vous? Mon cher prince est dans ce palais! Le même sort nous accable ! ... Mais non, cela n'est pas possible, et tu me dis une chose que je rie puis croire. - Le même orage qui vous a mis au pouvoir du hacha, reprit l'esclave, nous a mis dans ses chaînes. J'eus le bonheur d'être des filles choisies à vous servir, Le lieu où l'on vous avait trouvée, vos habits, et cette beauté qui ne se rencontre aussi parfaite que sur votre visage, ne me laissèrent pas douter que vous ne fussiez Isthérie. Je fus l'apprendre au malheureux prince, mais je lui cachai l'amour du bacha, de peur d'augmenter ses chagrins. Je lui ai toujours parlé, tant qu'a duré la navigation; mais depuis que nous sommes dans ce palais, je n'avais pu apprendre de ces nouvelles qu'hier, que passant ce nouveau parterre, je m'entendis nommer, je reconnus le prince, qui un cordon à la main, traçait un dessin. "Fatime, me dit-il, que fait Isthérie? Est-elle toujours fidèle à un malheureux? et les grandeurs dont mon rival l'accable ne l'ont-elles point fait changer? - Seigneur, lui dis-je, puisque vous savez que le cruel Acmar aime Isthérie, vous ne devez pas ignorer les cruautés dont elle l'accable. Sa constance ne peut être ébranlée, ni par les menaces, ni par les complaisances. - S'il est vrai que ma chère Isthérie ait des sentiments si avantageux, tu peux, Fatime, me donner le plaisir de la voir demain. Je vais tracer un parterre devant les fenêtres de son appartement; le sultan me l'a commandé ce matin. J'ai le bonheur de lui plaire, il est content de mes ouvrages, et peut-être pourrions-nous trouver le moment de sortir d'esclavage; va, ma chère Fatime, va demander à la charmante Isthérie un moment de conversation." Après ces mots, j'ai quitté le prince, et suis venue, Madame, m'acquitter de ma commission. - Ah ! Fatime, lui dit Isthérie, que je te veux de mal de m'avoir caché que le prince était si près de moi. - J'avais peur, reprit l'esclave, de quelque mot échappé, qui eût fait connaître au bacha une aventure si fâcheuse pour lui, et dont le prince aurait été la victime; c'est ce qui m'a obligée de me taire. Mais, Madame, sans reprocher le passé, que résolvez-vous pour le présent? - Que je verrai le prince, et que pour avoir plus de liberté de le faire, je traiterai Acmar avec moins de dureté, et lui laisserai espérer que sa constance pourra m'obliger à quelque retour.» Comme elle achevait de parler, le hacha entra, qui pénétré de la crainte de lui avoir déplu, venait lui demander pardon de son emportement. Isthérie, dans l'espérance qu'un peu de douceur lui ferait voir son amant, reçut ses excuses avec moins de fierté; et ce crédule amant, charmé, lui dit qu'il avait un esclave qui avait un génie tout particulier pour les parterres; qu'il lui en ferait tracer un à la persane sous ses fenêtres. « J'aurais grande envie de voir travailler cet homme, reprit Isthérie, et vous me ferez plaisir de m'en donner la liberté. - Vous êtes libre dans tout le palais intérieur, Madame, lui dit l'amoureux hacha, et tout est ici sous vos lois. Commandez tout ce qu'il vous plaira, sans craindre que l'on vous refuse, que la liberté de m'abandonner.» En achevant de parler, il présenta la main à cette aimable Persane, pour descendre dans les jardins, et la conduisit où travaillait le prince. Si Fatime n'avait couru lui annoncer son bonheur, il n'aurait pu s'empêcher de donner des marques de sa joie; mais cette habile esclave ayant devancé sa maîtresse, lui donna le temps de se remettre. « Soliman, lui dit le bacha, voilà la souveraine de ce palais, obéissez-lui dans tout ce qu'elle voudra vous ordonner. - Seigneur, lui répondit le prince, sans oser regarder Isthérie, je fais mon unique affaire de vous plaire; et dès que vous m'ordonnez d'obéir à cette dame, je le ferai, jusqu'à lui sacrifier ma vie. - Je ne vous demanderai point de services si violents, reprit l'aimable Persane ; celui de me tracer sous mon appartement un parterre semblable à ceux du sérail du Sophi, sera le plus pénible où je vous emploierai. - J'espère que je réussirai si bien au premier ordre que vous me faites la grâce de me donner, dit le faux Soliman, que j'en mériterai quelques louanges.» Après cela, Isthérie pria le sultan de continuer de se promener, de peur qu'une plus longue conversation ne fit soupçonner quelque chose ; et après avoir beaucoup loué la magnificence de ces beaux lieux, elle se retira à son appartement. Elle n'y passa pas la nuit sans parler de son amant avec Fatime; et le matin, dès que le soleil fut levé, elle ouvrit ses fenêtres, et vit ce prince déjà occupé à son travail. Comme il était seul en ce lieu, qu'il était si matin, qu'à peine distinguait-on la lumière d'avec les ténèbres, Isthérie lui fit signe de s'avancer; où, pendant que la fidèle Fatime était sur les avenues de l'appartement, pour n'être point surpris, nos deux amants se dirent tout ce que l'amour fait sentir de plus tendre dans les cœurs bien touchés de ses traits. Après avoir donné quelques moments à leurs premiers transports, ils songèrent comment ils pourraient faire pour se tirer des mains du cruel hacha. Ils résolurent que Soliman donnerait de l'argent à quelqu’un des siens pour racheter sa liberté, avec ordre de les avertir du premier vaisseau marchand qui serait prêt de faire voile pour la Perse; que la belle Isthérie irait se promener tout le jour sur le bord de la mer, qui flottait autour d'une grande terrasse au bout des jardins; et qu'au moment favorable, ils descendraient avec une échelle de corde, dont Soliman aurait soin de se fournir. Fatime, qui vint dans cet instant les avertir qu'elle voyait paraître quelques esclaves, fit cesser leur conversation. Le prince impatient d'avancer son bonheur, fut chercher les gens entre tous ceux qui avaient subi le sort de l'esclavage avec lui, qu'il crut les plus capables d'exécuter son dessein. Tout réussit comme nos amants le souhaitaient, et ils sortirent des mains du hacha quinze jours après leur entretien. Mais à peine goûtaient-ils le plaisir d'être en liberté que leur vaisseau fut attaqué par des corsaires, qui étant beaucoup plus forts qu'eux, malgré la généreuse résistance du prince, les contraignirent de se rendre, et leur donnèrent de nouveaux fers. La beauté d'Isthérie donna envie à ces mercenaires de la conduire à Constantinople, pour la présenter au Grand Seigneur. C'est ce qui leur fit mépriser les propositions que le malheureux prince leur fit de leur payer pour cette belle personne, et pour lui, telle rançon qu'ils voudraient. Ils ne changèrent point de dessein; et après un long voyage, votre aimable sueur fut renfermée dans le sérail du Grand Seigneur, sans espérance de revoir jamais son cher prince. Elle y passe ses jours infortunés à se plaindre, pendant que son malheureux amant, qui a été vendu au grand vizir, cherche en vain les moyens de la voir encore une fois en ses jours. Je ne vous ai point parlé de la rage du hacha quand il apprit la fuite d'Isthérie; j'ai cru que vous pouviez aisément la comprendre, et que je vous ferais plus de plaisir de ne pas vous laisser plus longtemps ignorer le lieu qu'habitait cette infortunée Persane. - Je vous remets, dit Zayde, à un autre temps, je serai plus sensible à de si cruelles aventures; mais je vous avoue que le plaisir de savoir vivante une sueur que l'on a pleurée si longtemps me rend plus capable de donner dans ce moment des soupirs à ses infortunes. Je vais m'intéresser à tout ce qui arrivera de fâcheux ou d'agréable à Constantinople, et je vous serais redevable si vous vouliez m'apprendre tout ce qui s'y passera de secret. - Je puis vous satisfaire, reprit l'obligeant sylphe; et le détrônement du Grand Seigneur m'en donnera une triste matière.