La Fée Lubantine par Madame Durand

[Conte inséré dans La Comtesse de Mortane. Le marquis de Rucille est amoureux de la comtesse de Mortane; pour s'introduire auprès d'elle, il se déguise en femme et porte un masque, sous le prétexte d'avoir été défiguré par la petite vérole. Il est présenté à madame de Mortane comme une conteuse gasconne, la vicomtesse de Gragnac, dont il prend l'accent. Un badinage mondain introduit les fées dans la conversation, la prétendue vicomtesse s'adresse en ces termes à madame de Mortane : « Si vous étiez fée, Madame, vous cesseriez d'être si bonne; le pouvoir de faire ce qu'on veut, emporte souvent la volonté de faire des choses injustes, et si vous êtes dans le goût qui règne aujourd'hui, je vous en ferai voir un exemple dans une histoire fort inconnue et dont l'idée est très nouvelle. - Ah ! reprit la comtesse, ne différez pas un moment, j'aime les contes comme si j'étais encore enfant; cela nous occupera en attendant l'heure de la promenade»]
«Il y eut autrefois en Asie une fée, dont la puissance n'eut point de bornes ; les Circé, les Armide, n'allaient pas à sa ceinture pour la science profonde. Elle aima infiniment son mari; le destin qui a toujours fait des siennes, le lui enleva dès sa première jeunesse; il ne lui en resta qu'une fille si belle et si charmante qu'au berceau même ses grâces étaient infinies; on vit en cette jeune princesse, dès un âge si tendre, une pente au plaisir qui étonnait toutes celles qui l'approchaient; jamais larme ne sortit de ses yeux, sa belle petite bouche ne fut point ouverte aux cris, un sourire gracieux inspirait la joie sur tout son visage; on imaginait des jeux pour elle, ses petits bras s'ouvraient pour embrasser et pour remercier les personnes qui contribuaient à la divertir; les violons, les hautbois, les danses, les spectacles, faisaient ses délices; elle marquait du dégoût pour les symphonies dont les tons étaient mélancoliques, et quiconque avait de la tristesse dans le cœur, ne se présentait pas impunément devant elle; une raillerie fine mais piquante leur faisait sentir l'éloignement qu'elle avait pour eux. La fée sa mère qui n'avait jamais rien vu de tel, quoiqu'elle eût tout vu, lui donna un nom qui convenait à son caractère, elle l'appela Lubantine: c'est de là que les Anciens ont fait leur déesse Lubantine connue dans leur théologie pour la déesse de la joie et de la liberté.
En effet la jeune Lubantine ne pouvait rien souffrir qui la gênât; quand sa mère voulait un peu modérer cet amour violent de la liberté, elle boudait le plus joliment du monde ; mais bientôt reprenant un visage serein, elle venait en badinant supplier la fée de ne lui point exclure le seul bien qu'on eût en cette vie; lorsqu'elle eut quatorze ans et que sa personne fut formée, sa mère consulta ses livres sur la destinée d'une fille si extraordinaire: elle trouva qu'elle vivrait toujours heureuse et dans les plaisirs, si elle pouvait éviter de voir un étranger; cette fatalité parut aisée à détourner; nous verrons bientôt quel ordre sa puissante mère y apporta.
Lubantine était d'une taille médiocre et fine; ses bras étaient placés par les grâces, ses pieds étaient petits et bien tournés, ses cheveux étaient d'un brun clair, ses yeux d'une finesse et d'un brillant à éblouir, son nez était petit et fait pour le reste de ses traits, son visage rond; ses joues pleines, délicates et vives avaient chacune un petit trou formé par la propre main de l'amour; il y en avait aussi à son menton; sa bouche était de celles qu'on n'a jamais pu représenter, petite, façonnée, rouge, riante, ornée de deux rangs de dents parfaites, sa gorge était pleine, blanche et jeune.
- Madame la Vicomtesse, interrompit Madame de Marigue, qui vit bien que l'imagination de Rucille s'allait égarer dans ce portrait qui ressemblait parfaitement à Madame de Mortane; ma chère cousine, répéta-t-elle, il n'y a rien de si galant; vous peignez notre belle comtesse mieux que le plus habile peintre. - Il est vrai, répondit Rucille que cette interruption remit un peu ; il est vrai que Lubantine ressemblait fort à Madame la Comtesse, elle avait même autant d'esprit, son imagination était pétillante, si on peut parler ainsi; on sentait un charme secret dans sa conversation tel qu'on le sent dans celle de Madame de Mortane; mais ajouta-t-il avec un soupir, elle était libertine, elle accordait tout à ses désirs, je crois que la ressemblance manque en cet endroit.»
Le marquis s'était insensiblement laissé emporter au plaisir de louer sa maîtresse, il avait un peu négligé l'accent gascon, Madame de Mortane s'en aperçut, le son de la voix de Rucille a quelque chose d'harmonieux qu'on reconnaît aisément; elle regarda son amie avec étonnement; le marquis le vit bien; la peur qu'il eut de perdre par une découverte le peu de bonheur dont il jouissait, lui fit reprendre son discours en cette sorte d'une manière libre et enjouée, en s'adressant à la comtesse.
« N'est-il pas vrai, Madame, que vous vous êtes bientôt reconnue, et que votre surprise a été grande de voir qu'on vint des bords de la Garonne vous peindre avec des pinceaux grossiers tandis que les plus délicats y pourraient échouer'? Mais en mon pays, on est téméraire, et après vous avoir étonnée, je vais tâcher à vous amuser. La fée mère de Lubantine ne la vit pas plus tôt en âge de l'établir qu'elle lui proposa un mariage très avantageux. Vous jugez bien, Madame, que ce n'était pas là ce qui pouvait lui plaire, elle y témoigna une si forte opposition que sa mère, qui la trouvait la plus jolie personne du monde, comme elle l'était en effet, et qui ne songeait qu'à la rendre heureuse, l'établit avec une jeunesse gaie et faite pour le plaisir dans un palais qui n'a jamais eu d'égal : il était bâti de pierres précieuses, les portes n'en fermaient jamais ; il y avait des bains magnifiques, des volières d'oiseaux, des salles pour les spectacles, un opéra réglé, dont les acteurs inimitables n'étaient jamais enrhumés, des comédiens qui ne vieillissaient point; des joueurs de toutes sortes d'instruments, une bassette et un lansquenet où les femmes devenaient plus belles et les hommes plus gracieux. L'ordre général de cette cour était de surprendre chaque jour Lubantine par un plaisir nouveau, de ne penser à rien de triste ; la maladie et la mort étaient bannies de ce beau séjour, l'amour y faisait sentir ses douceurs absolument séparées de ses peines; car on ne croyait point là que ses peines fussent des plaisirs; quatre jardins différents se faisaient voir aux quatre faces du château, dans l'un il y avait des escarpolettes d'un goût particulier. Lubantine prenait souvent ce divertissement, et tout le reste du jour, sa suite s'exerçait à se faire des pièces; il y avait des poteaux plantés avec des bagues qui y étaient attachées ; ceux qui allaient à l'escarpolette étaient obligés d'emporter cette bague; quand cela ne réussissait pas, on ordonnait une peine qui n'allait au plus qu'à composer une guirlande de fleurs pour Lubantine ou à faire un madrigal à sa gloire; lorsque le hasard faisait tomber, on pouvait rire en sûreté, car alors, le terrain, auparavant battu et solide, s'amollissait et devenait un matelas d'ouate.
Dans le second jardin, il y avait des voltigeurs, des danseurs de corde, des sauteurs, tous si sûrs de leur adresse qu'on n'était point gêné par cette attention inquiète que cause la frayeur de les voir tomber, quoiqu'ils fissent des tours surprenants.
Le troisième jardin était occupé par des baigneuses qui se relayaient sans cesse. Une pièce d'eau de Cordoue qui avait, outre l'odeur, la faculté de rendre plus blanche était ce bain délicieux. Lubantine en avait un à part dans le palais; mais elle allait souvent se divertir à impatienter ces baigneuses, elle leur tirait en badinant leurs habits du bain, qui étaient de toiles d'ortie garnie de dentelles de Malines; ces femmes jouaient de mille instruments divers sur les bords de ces belles eaux; des lits propres et galants tendus sous des tentes magnifiques servaient à les reposer après ce doux exercice; les hommes étaient exclus de l'enceinte de ce jardin, mais les murs en étaient si bas et on savait si peu se contraindre en ce lieu qu'ils en violaient souvent l'asile par leurs regards.
Le quatrième espace était plutôt un parc qu'un jardin, il était rempli de bêtes sauvages, belles, propres, douces qui se laissaient chasser par Lubantine, et par sa cour, et qui jouaient ensuite avec les mêmes chiens qui les avaient courues sans leur avoir fait d'autre mal; les équipages de chasse étaient superbes et la livrée de Lubantine cramoisi et or.
Au centre du palais était une grande cour que les quatre faces entouraient: c'était en ce lieu que les dames voyaient les tournois, les joutes, les courses de bagues, les carrousels que les jeunes princes admis à la cour de Lubantine faisaient souvent pour la divertir. Ils étaient d'une adresse étonnante, et recevaient des prix de la main de leur souveraine, tels qu'ils les méritaient; elle avait toujours quelque petite intrigue nouvelle, mais son cœur ne s'engageait précisément qu'autant qu'il fallait pour la divertir.
Les trois jardins dont j'ai parlé étaient d'ailleurs si beaux, et tout ce qui pouvait les rendre délicieux y était si peu épargné qu'ils étaient eux-mêmes un spectacle : pour le parc destiné à la chasse, il y avait des bois, des ruisseaux, des plaines et une butte qui était préférée à l'arrangement des autres promenades. Lubantine n'avait pas la peine de souhaiter, on savait prévenir ses désirs; mais comme elle avait un goût exquis en toutes choses, elle faisait cas d'une chère délicate; jamais on n'en a fait une comme celle qu'on lui servait à tous ses repas, les vins étaient choisis avec soin, et j'ai même ouï dire qu'on lui en donnait souvent de Champagne, quoiqu'il n'en fût pas mention en ce siècle-là.
Lorsque la fée mit sa fille en ce lieu, elle lui tint à peu près ce discours: "Mon âge et mes soins, ma chère Lubantine, ne me permettent plus de goûter les plaisirs qui vous conviennent; je ne vous les envie point, au contraire, je vous les prodigue; vivez heureuse, puisque je ne prévois pas que votre destin puisse changer; je vais me retirer dans mon château des bois, venez quelquefois m'y visiter; souvenez-vous de moi et soyez fée ainsi que votre mère, puisque j'ai le pouvoir de vous faire participer de mon art". La savante fée n'eut garde de prescrire à Lubantine de ne recevoir aucun étranger, ni de ne point sortir de l'enceinte de son palais; c'aurait été de quoi lui en faire naître le désir, mais elle étendit prodigieusement cette enceinte, elle n'avait point du tout l'air d'une prison; on aurait en vain cherché ailleurs ce qu'on ne trouvait pas dans cette demeure délicieuse, et il y avait sur tous les chemins qui y aboutissaient, des poteaux plantés où on lisait les inscriptions qui suivent :
Gardez-vous d'avoir des désirsDe voir l'aimable Lubantine;La mort suivrait de près les dangereux plaisirsDe contempler sa personne divine.
 
Les voyageurs effrayés de cet avertissement, se détournaient d'abord d'une si terrible voie, et Lubantine demeura six ans au milieu des délices, sans avoir jamais senti ni douleur, ni chagrin; elle allait quelquefois voir sa mère; elle la trouva un jour baignée de larmes; le premier mouvement de la jeune fée fut de s'enfuir à une apparition si contraire à son humeur: elle avait déjà fait quelques pas en arrière, lorsque cette mère affligée lui dit: "Approchez, Lubantine, votre sort me fait compassion: vous allez bientôt être livrée à de vastes malheurs; j'ignore encore de quelle espèce ils seront, il ne tient qu'à vous de les éviter: il faut vous priver de quelque plaisir, je vois que c'est là le point fatal: mais comme je ne puis démêler lequel vous doit être funeste, privez-vous de tous ceux que vous prenez pour un temps, vous y retrouverez plus de goût ensuite. - Moi, Madame, répondit Lubantine, que je me prive de la joie et de la liberté, il vaudrait autant me priver du jour; vous êtes triste naturellement, ajouta-t-elle, la situation de votre humeur vous aura fait craindre des périls imaginaires, et je me priverais pour cela de biens réels et effectifs? Ah ! non, non, que plutôt ... - Eh bien ! ma fille, reprit la sage fée, l'avenir se développe un peu à mes veux, je vois qu'une chasse vous doit causer d'horribles infortunes, soyez trois mois sans chasser. - Ah ! Madame, reprit Lubantine, vous savez que c'est particulièrement à la liberté que j'attache mon bonheur, je pourrais peut-être bien n'avoir point envie de chasser dix ans de suite, niais la nécessité de m'en priver m'incommoderait; et je vous quitte, Madame, continua-t-elle, crainte de participer un moment de la mélancolie que je vois dans vos yeux." En effet la libre Lubantine s'en alla en sautant remonter dans un chariot attelé de six lions qui étaient plus doux que des agneaux, et courut au palais des plaisirs.
Elle fut embarrassée d'un rêve toute cette nuit; jusque-là le dieu du sommeil même, respectant son repos, ne lui avait présenté que des images agréables; mais cette fois elle crut voir un inconnu dont la personne lui plut fort: il avait un petit dard à la main dont il badinait avec elle, elle prenait goût à ce badinage, le dard lui avait déjà fait une plaie au milieu du cœur; elle sentait redoubler ses plaisirs, mais bientôt après, une belle personne dont elle ne connaissait point les traits, le lui enfonça si cruellement qu'elle crut tomber baignée dans son sang, et tout ce qu'elle put faire ce fut de donner la mort à ceux qui venaient de lui ôter la vie.
Elle fit un cri qui l'éveilla et qui attira ses femmes auprès d'elle; l'agitation de ce rêve ne lui permit de se remettre qu'un peu de temps après qu'elle fut éveillée; alors elle se mit à rire de sa frayeur et se leva au plus vite pour dissiper cette imagination funeste. Le plaisir qu'elle choisit pour ce jour-là fut la chasse; elle laissa même sortir le cerf, qui fut lancé du parc où elle se terminait d'ordinaire: c'était la première fois que cela lui était arrivé, car ses voyages chez la fée sa mère se faisaient par le milieu des airs, mais le destin la conduisait à l'aide de son amour pour la liberté. Lubantine se trouva un peu fatiguée, elle fit suspendre la chasse et descendant de cheval, elle s'assit dans une forêt au pied d'un gros arbre qu'elle choisit; "Éloignez-vous, dit-elle aux chasseurs, j'ai besoin de repos, laissez-moi dormir"; aussitôt un lit de mousse et de fleurs s'éleva sous elle, des carreaux d'étoffe magnifique se mirent sous sa tête et un galant pavillon se trouva attaché aux branches de l'arbre.
Elle n'avait pas encore goûté les charmes du sommeil qu'elle entendit un homme qui disait d'un son de voix fort agréable : "Est-il possible que vous puissiez vous repentir de m'avoir rendu heureux? Oui, je le suis, divine Mélisène, ajouta-t-il, puisque vous avez bien voulu vous confier à ma foi, et que vous avez quitté le royaume de votre père pour me suivre; ce qui manque à mon bonheur est assez essentiel, mais je l'attends de vos bontés avec un respect dont vous devez être contente; ne vous affligez donc point et ne ternissez pas ce que vous avez fait pour moi par une apparence de repentir. - Non, reprit une femme à qui le discours était adressé, ce n'est point le sujet de mes larmes, le temps fatal approche où vous devez être à des épreuves qui m'épouvantent; je ne le sais que de vous; mes faibles charmes tiendront-ils contre ceux d'une ... - Ah ! interrompit celui qui avait commencé à parler; ne vous alarmez point avant le temps, l'obscurité que renferment les prédictions vous cache peut-être une vérité agréable, et quelque chose qui arrive, je serai toute ma vie à ma chère Mélisène."
Lubantine trouva les promesses de cet homme téméraires, et la femme à qui elles s'adressaient, bien imprudente d'avoir suivi un amant dans des lieux si solitaires; sévérité qu'un mouvement inconnu lui causait. "Ces amants, dit-elle en elle-même, viennent-ils répandre en cette contrée le venin de l'amour? Nous n'en connaissons que les douceurs; qu'ils sortent des lieux de ma dépendance", ajouta-t-elle. À ces mots, elle se leva, et trouva bientôt ce qu'elle cherchait. Une jeune personne blonde, blanche, belle de la plus parfaite beauté, habillée d'un habit galant et négligé, était assise sur le gazon; un homme était à ses pieds dans une attitude tendre et respectueuse, sa taille ...»
À ces mots, la feinte vicomtesse s'interrompit et dit à Madame de Mortane qu'elle aurait bien voulu savoir son goût pour donner à son héros la figure qui pourrait lui plaire. La belle veuve rougit et demeura embarrassée, et madame de Marigue dit en riant qu'à tout hasard, il le fallait faire d'une taille avantageuse, lui donner de grands yeux noirs, une belle tête, et beaucoup d'esprit. « Vous n'en serez pas dédite», répondit madame de Gragnac, elle reprit ensuite son discours ainsi.
«"Eh! Qui êtes-vous, dit Lubantine, qui venez sur mes terres vous parler d'amour?" La voix de la fée, ses agréments et sa magnificence attirèrent les regards et la vénération de ces amants, ils se levèrent en diligence, et l'homme prenant la parole: "Nous sommes, dit-il, Madame, un infortuné frère et une malheureuse sueur, qui cherchons un asile contre les fureurs d'une famille cruelle et implacable; - Un frère et une sueur, répondit la fée, que deviendront donc les choses passionnées que je vous ai entendu dire l'un à l'autre?" La jeune inconnue rougit, son amant se jeta aux pieds de Lubantine. "Il faut vous l'avouer, Madame, dit-il, j'aime éperdument la belle Mélisène que vous voyez; de cruels parents nous avaient défendu de nous voir, un amour mutuel nous a fait chercher les moyens de ne nous jamais quitter; et nous vous supplions, Madame, ajouta-t-il, de nous souffrir dans des lieux où apparemment vous commandez". La bonne mine et l'air noble de cet homme ne permit pas à la fée de lui refuser sa prière ; je ne sais quel mouvement qui lui était inconnu répandit même sur sa réponse une douceur tendre, différente de la joie qui brillait d'ordinaire dans ses yeux; la belle étrangère n'eut point de part à ce doux accueil, au contraire elle la regarda dédaigneusement, puis se retournant du côté de cet agréable inconnu
- Après vous avoir accordé ce que vous demandez, lui dit-elle, ne me refusez pas votre nom; pour votre naissance, il serait difficile de me la cacher, l'air que vous avez ne se rencontre point dans les personnes ordinaires, et le nom de roi a frappé mes oreilles lorsque vous parliez à cette personne, ajouta-t-elle en montrant Mélisène.
- Je me nomme Ciridor, Madame, répondit-il, j'ai pour père le roi Absolu, nom qui lui a été imposé parce que jamais il n'a cédé à personne et qu'on a toujours fait sa volonté; la princesse que vous voyez est fille du roi de l'Île-Douce, et sa douceur ne dément point son origine.
- Il suffit, interrompit Lubantine, vous me direz plus à loisir le reste de vos aventures ; non seulement je vous reçois sur mes terres, mais je vais vous mener dans mon palais, on y cherchera les moyens de vous rendre heureux, et pour la princesse Mélisène nous lui prescrirons une sorte de vie un peu moins vagabonde que celle qu'elle mène à l'heure qu'il est.
A ces mots, elle sonna d'un petit cor d'or émaillé et garni de diamants, qu'elle portait à son côté, et toute sa brillante cour se rendit bientôt autour d'elle; un écuyer du prince Ciridor et une gouvernante de Mélisène vinrent se mêler à cette galante troupe; Ciridor aida à monter à cheval à Lubantine et à la princesse, et y monta lui-même avec une telle grâce qu'il attira l'attention de tous les spectateurs ; le cerf qui s'était reposé de compagnie avec la meute, donna encore une heure le plaisir de la chasse, après quoi on se rendit au palais.
La magnificence et les plaisirs qu'on y goûtait donnèrent à Ciridor une sorte de distraction agréable, qui coûta des soupirs à la tendre Mélisène; Lubantine lui marqua un appartement dont les vues ne donnaient que sur le parc de la chasse, et l'y conduisit elle-même, et lui dit en la quittant qu'elle enverrait des ambassadeurs au roi son père, pour lui donner avis qu'elle l'avait en sa puissance, et qu'elle la prenait sous sa protection; qu'en attendant sa réponse, elle était obligée de la tenir dans une espèce de solitude plus convenable à l'état de sa destinée; elle l'embrassa à ces mots et la laissa avec sa gouvernante dans une douleur qui avait quelque chose de si piquant que ses larmes couvrirent aussitôt ses belles joues. "A-t-on jamais rien vu de comparable à mon malheur ! ma chère Célinte, s'écria-t-elle aussitôt qu'elle fut seule avec elle. Quelle bizarrerie de mon étoile ! Vous savez tout ce que j'ai fait pour Ciridor; la vertu dont je fais profession lui devrait donner une reconnaissance éternelle de l'excès de ma tendresse, et cependant je le vois dans ce penchant funeste dont une cruelle prédiction m'avait avertie". Célinte interrompit les douloureuses réflexions de sa princesse, et lui demanda ce qu'elle pouvait craindre d'un amant tel que Ciridor. "Ce que je puis craindre, reprit Mélisène, hélas ! ma chère Célinte ! Lubantine est charmante, Lubantine est fée, son pouvoir, sa beauté, les plaisirs qui la suivent partout, la légèreté des hommes, tout me donne une mortelle appréhension; et n'ai-je pas vu, ajouta-t-elle en redoublant ses soupirs, n'ai-je pas vu Ciridor la regarder, l'admirer et m'oublier pour quelque moment?"
Célinte employa toute son éloquence à consoler la princesse, et elle lui promit de lui rapporter fidèlement ce qu'elle saurait, mais les moyens lui en furent interdits; on ne lui permit pas de sortir de l'appartement, où d'ailleurs on leur donna avec abondance tout ce qui peut satisfaire les sens.
Cependant le prince qui était jeune, galant et qui aimait les plaisirs, eut pour Lubantine une admiration qui pouvait déjà s'appeler un goût; il passa les premiers jours dans une espèce de transport qui lui fit oublier Mélisène. La fée avait un charme inexplicable dans toutes ses actions, ses fêtes étaient bien entendues; les soupirs qu'un commencement d'amour lui faisait pousser, avaient une grâce dont il n'était pas possible de se défendre, et comme ses soupirs marquaient seulement la passion qui les faisait naître, sans avoir cette tristesse qui leur est propre, son aimable sourire les suivait de près.
Ciridor comblé de joie de l'effet de son mérite, était plus beau et plus spirituel qu'à l'ordinaire; Lubantine et lui se donnaient insensiblement de l'amour et de la joie; les spectacles redoublèrent, le palais des plaisirs en fournissait à tous les moments de nouveaux. Lubantine sortit un jour, seule, pour aller se promener dans le parc de la chasse; déjà son cœur sentait les plus impétueux mouvements de l'amour, mais jusque-là tout s'était passé en regards; elle s'enfonça dans le bois pour rêver à son aise. Ciridor poussé du même désir la rencontra dans cet endroit écarté. "Que j'ai souhaité ce moment, dit-il à la fée, et que je commence à craindre qu'il ne me soit pas favorable ! Vous n'aimez que les plaisirs, ajouta-t-il, je n'en suis pas ennemi, mais j'en suis si jaloux et je suis assez audacieux pour souhaiter que vous n'aimiez que moi". Cette déclaration était assez hardie. mais Lubantine était naturellement trop éloignée des furieux mouvements de la colère pour s'y mettre dans cette occasion, et la tendresse qu'elle sentait alors ajoutait encore à son tempérament, qu'ici, Prince, lui répondit-elle, vous n'avez pas trop lieu de vous plaindre de mes rigueurs; je ne vous ai point caché le penchant que je me sens pour vous, je trouve du plaisir à vous voir, j'en ai un infini à vous entendre. Aimons-nous, ajouta-t-elle, avec ardeur, puisque nous y sommes appelés. Eh ! ne faut-il pas saisir les occasions qui se présentent de goûter de nouvelles félicités?"
Cette morale plut infiniment à Ciridor; il y ajouta encore quelque trait de sa façon ; ils eurent une conversation fort longue et fort agréable. Lubantine convint en sortant du bois que le seul Ciridor pouvait mettre le comble à ses plaisirs; ils se plongèrent dans les voluptés. L'exemple de la fée fit naître mille amours nouvelles dans sa cour, tout aimait, tout s'abandonnait aux délices tandis que la malheureuse Mélisène mourait de douleur et de jalousie; elle avait vu par les fenêtres son amant et sa rivale sortir du parc de la chasse; leur air était si content et si amoureux qu'elle n'eut pas lieu de douter de son infortune; elle s'abandonna à tout ce qu'une âme délicate est capable de souffrir, et perdant un jour le peu de patience qui lui restait, elle voulut forcer ses gardes pour aller demander raison de sa détention à la fée, et à son amant de son infidélité. On s'opposa à sa sortie, mais cette action fit du bruit; Ciridor en fut averti, un petit retour sur le passé lui fit plaindre l'état de la princesse; il voulut dire un mot en sa faveur, mais Lubantine qui ne voulait être troublée par rien, lui répondit qu'elle la tirerait de sa prison et qu'elle la voulait même rendre témoin de leurs divertissements; "Je ne crains pas, ajouta-t-elle qu'elle ose me rien disputer, ni que vous retourniez à elle."
En effet la fée alla prendre Mélisène d'un air gracieux et doux.- "Venez, lui dit-elle, venez, Princesse, il est temps que vous ayez votre part de nos fêtes". La triste Mélisène sortit avec elle; mais quel changement ! Ce ne fut plus cette beauté parfaite qui aurait pu donner de l'amour au plus insensible; sa taille et le son de sa voix lui restèrent, mais son visage devint si affreux, ses traits si irréguliers, et sa sorte de laideur fut si bizarre que lorsque Lubantine la présenta à Ciridor, il recula quelques pas et laissa même échapper un air de dégoût; la princesse tourna les yeux vers une grande glace, où se voyant belle à l'ordinaire, elle en fut plus indignée contre son infidèle amant, car la fée, en lui ôtant sa beauté et en la faisant voir laide à tout le monde lui avait laissé la légère satisfaction de paraître belle à ses propres yeux, et c'est l'origine de l'amour-propre inconnu auparavant.
Célinte voyait avec étonnement la prodigieuse laideur de la princesse et pardonnait au prince son inconstance. "Fuyons, Princesse, lui dit-elle ! Fuyons d'une cour voluptueuse, où les mœurs ne peuvent manquer de se corrompre, personne ne s'avisera de nous arrêter. - Pourquoi fuir? répondit tristement Mélisène. Et pourquoi m'y résoudre? Ciridor est léger, mais sa légèreté me le ramènera". Alors Célinte ne lui cacha point à quel degré elle était devenue horrible; elle n'eut point de ménagement sur le portrait qu'elle lui fit d'elle-même. La princesse qui se trouva toujours belle, pensa se fâcher contre sa confidente, et se flatta que ses déplaisirs avaient seulement apporté quelque léger changement à ses charmes.
D'autre part, Ciridor dont l'ingratitude fut confirmée par l'aspect de Mélisène, dit en riant à Lubantine qu'elle avait pris une étrange voie pour s'assurer de son coeur, et que quand elle n'aurait rien changé à la personne de la princesse, il n'aurait pas brisé ses nouvelles chaînes. "Je vous assure, reprit-elle, que cette vengeance n'est point trop mal entendue; il faut toujours se précautionner contre les retours; et puis, ajouta-t-elle, quel mal lui ai-je fait? Elle se croit belle, son imagination sera toujours satisfaite. - Bon, Madame, reprit Ciridor, vous n'êtes pas contente de l'avoir rendue laide, vous la voulez encore ridicule: et la sécurité où elle paraît sur ses attraits lui va faire jouer un joli personnage". Ils eurent encore l'inhumanité de railler longtemps la plus aimable personne du monde d'une sorte de malheur qu'elle n'avait que par eux, et lorsqu'ils voulaient jouir de leur méchanceté, ils la faisaient venir pompeusement parée, pour voir les spectacles qu'on leur préparait.
Le prince enivré d'amour, s'avisa de vouloir rendre un culte effectif à la fée. "Vous êtes trop charmante, lui dit-il, pour ne mériter des adorations que par figure. Il faut vous dresser un autel, vous encenser, vous immoler des victimes. - Ah ! pour des victimes sanglantes, interrompit Lubantine, je n'en veux point, on peut m'en offrir, mais je leur donnerai la liberté de mes propres mains". Ce jour même, on construisit un autel dans un grand salon de cristal ; deux mille bougies y brûlaient sans cesse devant la figure de la fée, qui était d'une seule perle avec des draperies de diamants brillants couleur de rose; derrière les murs transparents du salon, on avait disposé de grandes figures creuses, peintes dans la perfection, qui représentaient des peuples de toutes les parties du monde adorant la belle Lubantine ; des lumières inextinguibles faisaient toujours paraître ces corps lumineux ; ils tenaient tous chacun une offrande, qui avait rapport au caractère de la fée; c'étaient des miroirs de poche, des diamants, des tabatières, des boîtes à mouches, des rubans, et tout le reste du galant équipage des dames; le dedans du salon qui était devenu un temple, était rempli de joueurs d'instruments et de voix; on y dansait des sarabandes et des chaconnes en faveur de leur tendresse ou de leur libertinage, et on voyait un perpétuel commerce de billets, de regards, de petits larcins amoureux : on y faisait une distribution continuelle de mets les plus exquis, de liqueurs les plus délicieuses, les glaces et le chocolat y surpassaient l'ambroisie, et si l'on n'acquérait pas là l'immortalité, les femmes y étaient du moins toujours jeunes et belles, et les hommes toujours bien faits et galants; un canapé à fond d'or enrichi de rubis était à côté de l'autel destiné pour la prétendue déesse, lorsqu'elle voudrait recevoir en personne son encens, et un carreau de même espèce était au bas du canapé pour l'amoureux Ciridor; le pavillon superbe qui couvrait cet endroit descendait en rideau quand il plaisait à Lubantine de disparaître aux yeux de ses sujets; les parfums y étaient prodigués ; enfin tout ce que le luxe et l'adulation peuvent inventer fut mis en usage en faveur de la fée ; elle eut la cruauté de vouloir que la malheureuse Mélisène fût témoin de la consécration du temple ; elle y pensa mourir de douleur. Sa rivale était belle comme Vénus, Ciridor prit lui-même un encensoir pour être le premier à l'adorer, et comme il avait la plus belle voix du monde, il commença cette hymne, à quoi le chœur répondit :
Seule vous connaissez l'aimable volupté,On n'en eut avant vous que de faibles images,La douce joie avec la libertéSont vos présents, recevez nos hommages,Reine des cœurs, des jeux et des plaisirs,Qui savez éloigner les censeurs ridiculesEt bravant remords et scrupulesAccordez tout à vos désirs;Que toujours notre encens, déesse Lubantine,S'élève devant vos autels,Pouvons-nous envier le sort des immortelsLorsque nous contemplons votre grâce divineSeule vous connaissez l'aimable volupté,On n'en eut avant vous que de faibles images;La douce joie avec la libertéSont vos présents, recevez nos hommages.
L'hymne était d'une longueur considérable, mais il est si doux d'être loué, la voix de Ciridor était si harmonieuse, le chœur si merveilleux que Lubantine sentit ce que l'expression ne peut représenter; il y eut même un peu de tragique à la cérémonie qui n'y gâta rien à son goût, la princesse ne put supporter l'âpreté de son affliction : elle s'évanouit entre les bras de Célinte. Ciridor tourna la tête de son côté, la laissa emporter sans se mettre en peine de sa vie, et courant se jeter aux pieds de Lubantine: "Que tout périsse, ma Déesse, lui dit-il, en baisant une de ses mains qu'elle lui tendit, pourvu que je vous adore toute ma vie". Ce transport en causa d'autres à la fée, la cérémonie finit, on alla vaquer aux plaisirs accoutumés; on ne s'informa pas de Mélisène, elle souffrait des maux qui auraient donné de la pitié à la cruauté même, mais la fée n'en sentit précisément que pour lui en faire souffrir davantage, c'est-à-dire, pour qu'on prît soin de sa vie et qu'on l'empêchât de se porter à quelque extrémité contre elle-même. Plusieurs jours se passèrent dans les adorations de la nouvelle déesse. Dans cette volupté si vantée, la princesse guérit malgré elle, et poussée par un mouvement inconnu, elle courut encore une fois à ce temple fatal où tous les objets renouvelaient sa douleur. Le sacrificateur Ciridor était brillant de pierreries et plus brillant par sa bonne mine, la fée le contemplait avec des yeux où l'amour était peint; la princesse même avait plus de passion pour lui que lorsqu'il était fidèle: ces sentiments lui fournirent du courage, on entendit sa voix au milieu de la cérémonie, qui s'éleva pour dire ces paroles:
Charmante Reine de Cythère,
Vous dont Psyché jadis alarma le courroux_Belle Vénus, souffrirez-vousL’offense qu'en ces lieux un prince ose sous faire?C'est peu qu'il viole sa foi,Ce crime ne blesse que moi.Mais cet ingrat, ce témérairePrés d'une autre que vous profane son encens,Rendez- lui pour jamais l'usage de ses sensCharmante Reine de Cythère.
Lorsque Mélisène commença cette prière à Vénus, chacun voulut l'interrompre, mais personne ne put y réussir; les langues turent liées, Ciridor, l'infidèle Ciridor, ouvrit en vain la bouche pour lui imposer silence, il ne put rien articuler; Lubantine sentit en elle le même prodige, et ce silence qui avait une cause mystérieuse, ne fut rompu qu'après avoir vu reprendre à la princesse sa première beauté; alors la fée poussa un cri douloureux, l'assemblée murmura quelques paroles à la louange de Mélisène; Ciridor, comme revenu d'un enchantement, quitta le culte de sa fausse déesse, et revint soumis aux pieds de sa première maîtresse; on reconnut Vénus à ces changements: le temple ne fut point détruit, la statue de Lubantine demeura debout; mais la véritable Lubantine parut laide de la même laideur qu'elle avait autrefois donnée à sa rivale, sans qu'il lui restât la même consolation, car elle se trouva si affreuse que changeant en fureur son amour pour les plaisirs, et la déesse ne lui ayant point ôté son pouvoir de féerie, elle ne songea plus qu'à se venger sur les innocentes causes de son malheur: elle fit enfermer la princesse avec des menaces épouvantables; Ciridor qui voulait réparer ses fautes s'y opposa de tout son courage, mais que pouvait-il faire seul contre une fée absolue et souveraine? Vénus, la jalouse Vénus avait vengé son outrage; cela seul était intéressant pour elle; que lui importait le succès des amours de Ciridor et de Mélisène? Lubantine allait chaque jour dans une horrible prison où elle l'avait fait enfermer; là d'une inhumanité sans exemple, elle défigurait son beau visage avec un diamant qu'elle portait exprès; elle travailla ensuite sur sa gorge incomparable, et ne quitta point ce funeste exercice que la force des douleurs ne l'eût fait mourir. Célinte la conjura de vouloir bien du moins renvoyer son corps au souverain de l'Île-Douce; la fée le lui accorda. Ce pauvre roi n'eut pas plus tôt vu ce triste spectacle qu'il mourut d'affliction; il ordonna avant sa mort qu'on fît bâtir une sépulture magnifique pour sa fille, pour lui, et pour Ciridor. La fée tenta vainement de le faire revenir à elle, sa laideur et le repentir qu'il sentait, lui donnèrent l'exclusion de son cœur; elle s'exerça à lui faire prendre tous les jours une dose de poison, qui l'affaiblissait insensiblement et lui faisait souffrir des maux furieux ; ils ne finirent qu'avec sa vie, et la prédiction dont Mélisène avait fait mention se trouva vérifiée; on n'en a jamais pu savoir les paroles, mais en gros le prince était menacé de ne pouvoir résister à de terribles épreuves et d'être ensuite exposé à une tragique fin.
Lubantine fut après cela tourmentée de remords ; elle connut trop tard que l'excessive volupté conduit dans des abîmes profonds, et qu'on ne peut avoir de bonheur parfait sans amour, l'amour qui n'est pas réglé par la vertu cause tous les malheurs de la vie.
Cependant comme le commencement de celle de Lubantine présentait une image riante et que les païens sacrifiaient à de bien plus étranges divinités qu'à la liberté et à la joie, ils leur dressèrent des temples sous le nom de la déesse Lubantine; mais comme personne n'a jamais pu se prescrire de justes limites sur ces deux choses, on n'en a eu que des idées imparfaites, et on est toujours allé au-delà, ou demeuré en deçà de la joie et de la liberté.
- Que vous êtes cruelle, Madame la Vicomtesse, lui dit Madame de Mortane quand elle eut achevé, vous ne faites grâce à personne; je m'étais affectionnée à Lubantine avant la corruption de ses mœurs; ma tendresse ensuite s'est tournée vers Mélisène, le retour que Ciridor a pour elle l'avait réconciliée avec moi et vous faites une Saint-Barthélemy de tous vos acteurs. - J'ai toujours remarqué, répondit madame de Gragnac, qu'on aime les fins tragiques dans les spectacles; rien n'a mieux réussi en matière d'opéra qu'Atys, Phaéton et Armide, j'ai voulu risquer la même chose dans un conte, car à ne vous point mentir, j'aurais pu leur donner la vie; mais j'ai entrepris de toucher votre cœur, si je n'avais pas réjoui votre imagination».